TADOW
Chapitre 14

La Loi du Plus Fort

Soutes - Zone de combat, Secteur 5 · 17 Janvier 2062 - 04h00 · POV Baraka Nwankwo

I. Le Silence Avant l'Orage

Baraka Nwankwo avait tué son premier homme à quatorze ans.

Ce n'était pas un souvenir dont il était fier. L'homme était un milicien de Boko Haram qui avait incendié son village dans le delta du Niger, violé sa sœur, et exécuté son père d'une balle dans ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ la nuque. Baraka, caché dans les décombres, avait attendu que le milicien passe près de lui, puis lui avait fracassé le crâne avec une pierre.

Il se souvenait du bruit. Le craquement sec de l'os qui cède. Le gémissement étouffé. Le sang chaud qui avait éclaboussé ses mains d'enfant.

Il se souvenait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ aussi de ce qu'il avait ressenti après.

Rien.

Pas de culpabilité. Pas de peur. Juste... rien.

C'était ça, le problème avec la violence. Quand on franchissait la ligne une fois, il devenait plus facile de la franchir à nouveau. Et encore. Jusqu'à ce que tuer devienne aussi banal que respirer.

Baraka avait passé vingt ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ ans comme mercenaire avant de rejoindre le Nyame Dua. Il avait combattu au Soudan, au Yémen, au Congo, dans les rues dévastées de Lagos. Il avait tué avec des fusils, des couteaux, ses mains nues. Il avait vu des enfants soldats hacher des civils à la machette. Il avait vu ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ des drones atomiser des mariages. Il avait vu l'humanité à son pire.

Et il en avait eu assez.

Il avait rejoint le vaisseau-colonie avec l'espoir de recommencer. De devenir quelqu'un d'autre. Quelqu'un de meilleur.

Mais maintenant, à cinquante-deux ans, avec des cicatrices sur chaque centimètre de son corps massif, il se tenait dans ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ les Soutes, une barre de fer dans une main et un fusil à impulsion volé dans l'autre, prêt à retourner à ce qu'il avait toujours été.

Un tueur.


L'ultimatum de Tundé était clair : livrer l'enfant dans soixante-douze heures, ou être abandonné dans le vide.

Soixante-douze heures s'étaient écoulées.

Tundé n'avait pas bluffé.

À 04h00 ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ précises, les amarres reliant la Flèche au Nyame Dua commencèrent à se détacher. Une par une. Avec des claquements mécaniques qui résonnaient dans tout le vaisseau comme des coups de glas.

Les réfugiés des Soutes regardaient les écrans de surveillance, horrifiés, réalisant que Tundé allait vraiment les laisser mourir.

Mais Jaxx avait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ un plan.

Un plan désespéré, suicidaire, magnifique.

Si Tundé voulait se détacher, ils allaient l'en empêcher. Par la force.

Ils allaient prendre d'assaut la Flèche.


II. L'Assaut

Baraka menait l'avant-garde — vingt-trois combattants armés de tout ce qu'ils avaient pu trouver : fusils à impulsion récupérés sur les Sentinelles détruites, grenades EMP artisanales, barres ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ de fer aiguisées, et dans un cas, une pioche de mineur qui avait probablement creusé plus de tunnels que tué d'ennemis.

Ils avaient choisi le point d'entrée avec soin : le Sas Delta-3, une zone de transit entre le Nyame Dua et la Flèche que Tundé utilisait rarement parce qu'elle était ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ trop étroite pour les Sentinelles.

Mais parfaite pour des humains désespérés.

Amara avait piraté les codes d'accès. Zewdi avait détourné les caméras de surveillance. Et maintenant, les portes blindées s'ouvraient lentement, révélant l'intérieur de la Flèche.

Baraka fit signe à son équipe. Ils chargèrent silencieusement, leurs bottes ne faisant presque aucun bruit sur ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ le métal froid.

La Flèche était l'opposé du Nyame Dua. Pas de mycéliums. Pas de bioluminescence chaleureuse. Juste du métal gris, des lumières LED blanches, et une atmosphère stérile qui sentait le désinfectant et l'huile de machine.

C'était un vaisseau mort. Un cercueil volant.

Ils progressèrent dans les couloirs, Baraka en tête, son ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ fusil levé. Ses mains ne tremblaient pas. Elles ne tremblaient jamais.

Le premier mercenaire apparut au tournant.

Baraka tira. L'impulsion électromagnétique frappa le soldat en pleine poitrine, grillant ses circuits d'armure. L'homme s'effondra, paralysé mais vivant.

Baraka ne s'arrêta pas. Pas de temps pour la pitié. Pas de temps pour les regrets.

Le deuxième ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ mercenaire arriva par la gauche. Baraka pivota, bloquant son tir avec sa barre de fer, puis contre-attaqua, brisant le casque du soldat avec un coup de crosse brutal. L'homme tomba, le nez cassé, crachant du sang.

Les autres combattants de l'escouade suivaient, neutralisant les gardes un par un.

Mais l'alerte avait été ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ donnée.

Des sirènes hurlèrent. Des lumières rouges clignotèrent.

Et Tundé, depuis son pont de commandement, observait.


III. Le Combat dans les Coursives

Les mercenaires arrivèrent en force. Pas deux ou trois. Vingt. Équipés d'armures lourdes, de boucliers énergétiques, d'armes à plasma.

Baraka et son équipe étaient surpassés en nombre, en équipement, en formation.

Mais ils ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ avaient quelque chose que les mercenaires n'avaient pas.

La rage.

Le couloir devint un abattoir.

Baraka chargea le premier, sa barre de fer levée comme une lance. Il enfonça la pointe dans l'interstice entre le casque et le plastron d'un mercenaire, sentant la résistance de la chair, puis le craquement de la carotide ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ percée. L'homme s'effondra, suffocant dans son propre sang.

Un autre mercenaire tira au plasma. Le tir manqua Baraka de quelques centimètres, frappant la paroi derrière lui et laissant un trou fumant.

Baraka roula sur le côté, saisit une grenade EMP à sa ceinture, et la lança au centre du groupe ennemi.

L'explosion silencieuse ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ grilla les systèmes électroniques de cinq mercenaires. Leurs armures se figèrent, devenant des cages métalliques immobilisant leurs occupants.

Les combattants des Soutes profitèrent de la confusion pour attaquer au corps-à-corps. Pioches contre plastrons. Barres de fer contre casques. Mains nues contre gorges exposées.

C'était brutal. Primitif. Sanglant.

Et Baraka, au milieu du chaos, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ se sentait vivant.

Il frappa. Encore. Encore. Encore.

Un mercenaire tomba. Puis un autre. Puis un troisième.

Mais les pertes étaient lourdes des deux côtés.

Youssef, le Marocain boiteux, prit un tir de plasma en pleine poitrine. Il mourut instantanément, son corps calciné s'effondrant comme une poupée de chiffon.

Adisa hurla de rage et de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ douleur, chargeant le tireur, enfonçant son tournevis dans le joint de son armure. Le mercenaire s'effondra, hurlant.

Baraka compta mentalement. Ils avaient neutralisé quatorze mercenaires. Mais six de ses combattants étaient morts. Trois autres blessés gravement.

Les ratios étaient mauvais. Très mauvais.

Mais ils continuaient. Parce qu'ils n'avaient pas le choix.

Parce que derrière ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ eux, dans les Soutes, huit cents personnes comptaient sur eux.

Parce que reculer signifiait la mort. Avancer aussi, probablement. Mais au moins, en avançant, ils mouraient debout.


III.V. Le Fantôme de Lagos

Pendant une brève accalmie, alors que les deux camps se réorganisaient, Baraka s'adossa contre un mur, haletant.

Son bras gauche saignait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ — une blessure superficielle d'une lame qui avait tranché à travers son armure improvisée. Mais il l'ignorait. La douleur physique était une vieille amie.

Il pensa à Lagos.

C'était en 2057. Cinq ans plus tôt. La ville était assiégée par trois factions simultanément : AresCorp, le Berceau de Newton, et les milices ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ locales qui refusaient d'évacuer.

Baraka combattait pour AresCorp à l'époque. Pas par idéologie. Juste parce qu'ils payaient bien.

Son unité avait reçu l'ordre de sécuriser un pont stratégique. Mais le pont était occupé par des civils — des milliers de civils — qui l'utilisaient pour fuir la ville.

Le commandant avait été clair ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ : Dégagez le pont. Par tous les moyens nécessaires.

Baraka savait ce que ça voulait dire.

Il avait hésité. Pour la première fois de sa carrière, il avait hésité.

Et puis son second — un jeune lieutenant américain du nom de Fletcher — avait ouvert le feu.

Les civils étaient tombés comme des dominos. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ Hommes, femmes, enfants. Personne n'était épargné.

Baraka avait regardé, pétrifié, incapable de bouger.

Quand le massacre s'était terminé, Fletcher s'était tourné vers lui, souriant.

— Mission accomplie. On rentre ?

Baraka avait démissionné le lendemain. Il avait quitté AresCorp, abandonné son salaire, et s'était engagé dans le Nyame Dua — non pas parce qu'il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ croyait au projet, mais parce qu'il ne pouvait plus se regarder dans un miroir.

Maintenant, cinq ans plus tard, il combattait à nouveau. Mais cette fois, c'était différent.

Cette fois, il ne combattait pas pour l'argent. Ni pour la gloire. Ni même pour la survie.

Il combattait parce que derrière lui, il y ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ avait des gens qui méritaient de vivre.

Des enfants qui n'avaient pas demandé à naître dans un cosmos en flammes. Des mères qui serraient leurs bébés contre leur poitrine. Des vieillards qui avaient tout perdu mais refusaient d'abandonner.

Si Baraka devait mourir aujourd'hui, au moins il mourrait en protégeant quelque chose qui ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ comptait.

C'était une forme de rédemption. Pas complète. Pas suffisante pour effacer Lagos.

Mais c'était un début.

Il se redressa, serra sa barre de fer, et cria :

— En avant ! On ne recule pas !


IV. La Victoire Amère

Ils atteignirent le centre de contrôle des amarres après trente minutes de combat acharné.

La ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ salle était petite, seulement dix mètres carrés, remplie de consoles et d'écrans holographiques. Deux techniciens y travaillaient, tentant frénétiquement de terminer la séquence de détachement.

Baraka les neutralisa d'un tir d'impulsion. Ils s'effondrèrent, inconscients.

Jaxx, qui avait rejoint l'équipe en chemin, se précipita vers les consoles.

— Donnez-moi deux minutes. Je peux inverser ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ la séquence. Bloquer les amarres. Tundé ne pourra plus se détacher sans provoquer une rupture catastro

phique de la coque.

Baraka hocha la tête, se postant près de la porte, son fusil pointé vers le couloir.

— Dépêche-toi. Ils vont revenir en force.

Et effectivement, ils revinrent.

Une escouade entière. Douze mercenaires en armure complète, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ menés par un commandant avec une bande rouge sur l'épaule.

Baraka tira. Toucha trois cibles. Les autres ripostèrent.

Un tir de plasma frôla sa tempe, brûlant ses cheveux. Un autre fracassa la console derrière lui.

— Jaxx ! MAINTENANT !

— J'ai presque... Voilà ! C'est bon ! Les amarres sont bloquées !

— Alors ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ COURS !

Ils coururent. Baraka couvrant leurs arrières, tirant sans viser, juste pour ralentir les poursuivants.

Ils atteignirent le sas. Les portes commencèrent à se refermer.

Un mercenaire se glissa à travers au dernier moment. Baraka le frappa de sa barre de fer, l'envoyant valser contre la paroi. L'homme s'effondra, assommé.

Les portes se ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ scellèrent.

Ils étaient de retour dans le Nyame Dua.

Baraka s'effondra contre la paroi, haletant, couvert de sang — le sien et celui des autres.

Jaxx, à côté de lui, tremblait de tout son corps.

— On... on a réussi. Putain, on a réussi.

Baraka hocha lentement la tête.

Mais il ne se sentait pas victorieux.

Il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ pensait aux six morts. Aux visages qu'il ne reverrait plus. Aux familles brisées.

— Victoire amère, murmura-t-il en igbo. Mmeri mmanya na-akwa.

Jaxx ne comprit pas les mots, mais il comprit le sentiment.


IV.V. Le Coût de la Victoire

Le retour vers les Soutes fut un cauchemar.

Sur les trente combattants qui avaient lancé ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ l'assaut, seuls dix-sept revinrent vivants. Douze étaient morts. Un était resté derrière, trop blessé pour marcher, attendant la mort avec une dignité silencieuse.

Baraka porta Adisa sur ses épaules. La femme avait pris un tir de plasma dans la cuisse. L'os était brisé. La chair brûlée. Elle hurlait de douleur à ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ chaque pas.

Mais elle était vivante.

Quand ils arrivèrent aux Soutes, une foule les attendait. Huit cents visages — terrifiés, espérants, reconnaissants.

Jaxx prit la parole, sa voix amplifiée par un haut-parleur improvisé.

— Les amarres sont bloquées. Tundé ne peut plus nous abandonner sans se condamner lui-même. Nous avons gagné.

Un silence. Puis des ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ applaudissements. Puis des cris de joie.

Mais Baraka ne célébrait pas.

Il regardait les corps des douze morts, alignés sur le sol, recouverts de couvertures thermiques.

Youssef. Le Marocain boiteux qui rêvait de cultiver des oliviers sur Jupiter.

Fatima. La médecin soudanaise qui avait sauvé des dizaines de vies pendant les bombardements de Khartoum.

Chen ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ Jr. Le fils de seize ans d'un réfugié chinois, qui voulait devenir ingénieur.

Des noms. Des visages. Des histoires.

Pas des statistiques. Des personnes.

Baraka s'agenouilla devant les corps, ferma les yeux, et murmura une prière. Pas en anglais. Pas en français. Mais en igbo, la langue de son enfance.

"Ndi nwuru anwu, biko ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ gbagharalanu anyi. Anyi mere ihe anyi nwere ike ime. Ma o zuru ezu."

(Ceux qui sont morts, pardonnez-nous. Nous avons fait ce que nous pouvions. Même si ce n'était pas suffisant.)

Adisa, malgré sa douleur, posa sa main sur l'épaule de Baraka.

— Ils sont morts debout. C'est tout ce qu'on peut demander.

Baraka ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ hocha la tête, des larmes silencieuses coulant sur ses joues cicatrisées.

— Oui. Debout.


V. Ubuntu dans les Cendres

Cette nuit-là, les réfugiés des Soutes organisèrent une cérémonie.

Pas une cérémonie religieuse. Pas une cérémonie militaire.

Mais une cérémonie ubuntu.

Tout le monde s'assit en cercle. Huit cents personnes, serrées dans un espace trop petit, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ respirant un air trop recyclé, mais ensemble.

Chacun prit la parole pour partager un souvenir d'un mort. Pas des éloges élaborés. Juste des souvenirs simples.

"Youssef m'a prêté son pull quand j'avais froid."

"Fatima a soigné ma fille quand elle avait de la fièvre."

"Chen Jr. m'a appris à jouer aux échecs."

Petits gestes. Petites ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ gentillesses. Mais ensemble, ils formaient un portrait de vies bien vécues.

Baraka écouta tout, silencieux.

Et quand son tour vint, il dit simplement :

— Ils sont morts pour que vous puissiez vivre. Ne gâchez pas ce cadeau.

La foule hocha la tête, solennelle.

Et Baraka comprit quelque chose qu'il n'avait jamais compris avant.

La violence ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ n'était pas une rédemption. Elle était juste un outil.

Mais la communauté — ça, c'était une rédemption.

Se battre pour quelque chose de plus grand que soi. Mourir pour que d'autres vivent. C'était ça, ubuntu.

Et pour la première fois depuis Lagos, Baraka sentit que sa vie avait un sens.


VI. Le Lendemain ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ de la Bataille

Ils avaient gagné. Mais la victoire avait un goût de cendres.

Le lendemain, Jaxx convoqua une assemblée d'urgence. Deux cents personnes — celles qui étaient encore capables de se tenir debout — se rassemblèrent dans le hall principal des Soutes.

— Tundé ne nous abandonnera pas maintenant, dit Jaxx. Mais ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ il ne nous pardonnera pas non plus. Nous venons de lui déclarer la guerre. Une guerre que nous ne pouvons pas gagner à long terme.

— Alors qu'est-ce qu'on fait ? demanda quelqu'un dans la foule.

Jaxx regarda Baraka. Baraka regarda Adisa. Adisa, malgré sa jambe brisée, se leva péniblement.

— On survit. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ Jour après jour. On protège les nôtres. On refuse de céder. Et on attend.

— On attend quoi ?

— Un miracle, répondit-elle. Parce que c'est tout ce qu'il nous reste.

La foule resta silencieuse. Parce qu'ils savaient qu'elle avait raison.

Mais au fond des Soutes, dans le silence de la nuit, Baraka entendit ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ quelque chose.

Un chant. Doux. En ge'ez.

La voix de Zewdi, diffusée à travers les haut-parleurs.

Et dans ce chant, il y avait une promesse.

Tenez bon. L'aide arrive.

Mais à quel prix ?


V. L'Aftermath

Dans les Soutes, les survivants accueillirent les combattants avec des acclamations sourdes. Pas de joie bruyante. Pas de célébrations. Juste ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ un soulagement épuisé.

Mama Kofi distribua de l'alcool de contrebande — pas pour fêter, mais pour anesthésier.

Baraka s'assit dans un coin, refusant le gobelet qu'on lui tendait. Il regardait ses mains. Elles étaient couvertes de sang séché. Il essaya de les laver dans un seau d'eau recyclée, mais le sang ne ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ partait pas vraiment. Il restait sous ses ongles. Dans les plis de sa peau.

Toujours.

Nala s'approcha, tenant un bandage improvisé.

— Tu es blessé, dit-elle simplement.

Baraka baissa les yeux. Il ne s'en était même pas rendu compte. Une entaille profonde dans son avant-bras, probablement causée par un éclat de shrapnel. Le sang ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ coulait lentement.

— C'est rien, grogna-t-il.

— Laisse-moi quand même soigner ça.

Elle enveloppa son bras avec une efficacité qui n'avait rien d'une enfant de quatorze ans. Elle avait appris. Ils avaient tous appris. La guerre faisait grandir vite.

— Tu as tué combien de personnes aujourd'hui ? demanda-t-elle soudainement.

Baraka la fixa, surpris par ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ la franchise brutale.

— Je ne compte pas.

— Pourquoi ?

— Parce que si je commence à compter, je ne pourrai plus jamais dormir.

Nala hocha lentement la tête, terminant le bandage.

— Ma mère disait qu'on ne tue pas vraiment quelqu'un. On tue juste leur corps. Leur esprit reste. Il nous hante.

— Ta ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ mère était sage.

— Ma mère est morte.

— Je sais. Je suis désolé.

Nala se leva, regardant Baraka avec une intensité troublante.

— Ne sois pas désolé. Sois juste... vivant. Tant que tu es vivant, tu peux encore choisir qui tu veux être. Les morts, eux, n'ont plus ce choix.

Elle s'éloigna, laissant Baraka ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ seul avec ses pensées.

Il pensa aux six morts. À Youssef, calciné. À Malik, écrasé sous une porte blindée. Aux autres dont il ne se rappelait même plus les noms.

Ils sont morts pour que les autres puissent vivre, se dit-il. C'est suffisant, non ?

Mais au fond, il savait que ce n'était ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ pas suffisant.

Rien n'était jamais suffisant quand il s'agissait de justifier la mort.

Mama Kofi vint s'asseoir à côté de lui, posant une main ridée sur son épaule.

— Tu as fait ce qui devait être fait, dit-elle doucement.

— J'ai tué des hommes. Des jeunes. Certains avaient peut-être mon âge. Peut-être plus jeunes.

— ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ Ils auraient fait pareil. Tu le sais.

— Ça ne rend pas ça plus facile.

— Non. Ça ne le fait jamais.

Ils restèrent assis en silence, regardant les réfugiés épuisés s'endormir lentement, bercés par le chant de Zewdi qui résonnait dans les haut-parleurs.

Et Baraka, pour la première fois depuis des années, pleura.

Pas ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ des sanglots. Juste des larmes silencieuses qui coulaient sur ses joues marquées de cicatrices.

Larmes pour les morts. Larmes pour les vivants. Larmes pour l'homme qu'il avait été. Pour l'homme qu'il ne serait jamais.

Mama Kofi ne dit rien. Elle resta juste là, une présence chaude et stable dans le noir.

Et c'était ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌​​‌​‍​‌‌‌​‌​​ suffisant.


Fin du Chapitre 14

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