TADOW
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La Fuite

LOC:Vaisseau *Nyame Dua* (Gymnase / Couloirs) / *Flashback* : Accra, Ghana (Tour de la Banque Centrale / Quartier Osu / Centre de Tri de la Fondation Kouassi)DAT:26 Octobre 2060 (Temps Universel Coordonné) / *Flashback* : 15 Juillet 2059POV:Nyla

I. La Cage (Présent)

Nyla courait. Mais elle ne bougeait pas. Le tapis roulant du gymnase du pont 4 ronronnait sous ses pieds, un son monotone, électrique, détestable. Whirr-clac, whirr-clac. C'était le bruit de la stérilité. Le bruit d'un hamster dans une roue de titane. Elle accéléra. 15 km/h. 18 km/h. 20 km/h. Ses ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ poumons brûlaient, sa sueur collait à son débardeur, mais ce n'était pas la bonne brûlure. Ce n'était pas celle de l'adrénaline sale d'Accra, celle qui sent la peur, le curry brûlé et l'ozone. C'était une brûlure propre, recyclée, filtrée par des systèmes de purification d'air à 50 millions de dollars. Elle ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ détestait ce vaisseau. Elle détestait ses murs courbes qui ne cachaient aucun recoin sombre, conçus par des psychologues comportementalistes pour éviter la claustrophobie mais qui ne faisaient que la renforcer. Elle détestait l'air qui sentait le citron artificiel et l'ozone médical. Elle détestait la sécurité. La sécurité, c'était pour les morts. Ou ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ pour les riches. Et elle n'était ni l'un ni l'autre. Elle était une survivante, et une survivante a besoin de danger pour se sentir vivante. Le danger est son pouls, sa preuve d'existence.

— Tu vas te claquer un ischio, gamine. La voix était basse, grave, comme un roulement de tonnerre lointain ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ qui fait vibrer le sol. Nyla ne ralentit pas, gardant son regard fixé sur l'écran virtuel qui affichait une route de campagne française simulée, ridicule avec ses vaches pixélisées qui broutaient en boucle le même pixel d'herbe. — Je ne suis pas une gamine, Koffi, haleta-t-elle entre deux foulées, ses pieds frappant ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ le tapis avec une rage contrôlée. Et je ne me claque jamais. Mes tendons sont faits de câbles de frein. — Tu cours comme si tu avais la police aux trousses. Mais il n'y a pas de police ici. Il n'y a que le vide. Et le vide ne court pas, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ il attend. Il est patient. Nyla frappa le bouton d'arrêt d'urgence du poing. Le tapis se figea brutalement avec un crissement de protestation. Elle sauta avec souplesse, atterrissant sans bruit sur le sol caoutchouté, ses muscles tremblant légèrement sous l'effort. L'inertie tira sur ses articulations, une douleur familière. Elle s'approcha de lui, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ attrapant sa serviette au passage et s'épongeant le visage avec agressivité. Koffi. Le chef de la sécurité. Le Gardien. La Montagne. Le colosse était assis sur un banc de musculation, soulevant des haltères de 80 kilos chacun comme s'ils étaient en polystyrène. Il ne transpirait même pas. Ses muscles roulaient sous sa peau ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ noire comme des plaques tectoniques glissant sous la croûte terrestre. Il la regardait avec cette impassibilité de statue de basalte qui l'agaçait tant, ce calme olympien de celui qui peut vous briser le cou avec deux doigts sans changer de rythme cardiaque. — Il y a toujours une police, Koffi. Même ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ ici. Sauf que maintenant, c'est une IA qui parle avec la voix de la femme morte du Capitaine. C'est encore pire. La police, on peut la corrompre ou la semer. Omo, on ne peut pas. Elle est partout, dans les murs, dans l'eau qu'on boit. Elle compte mes calories et ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ mes heures de sommeil. C'est une prison dorée. Koffi reposa ses haltères avec un clang lourd qui fit trembler le banc et résonner l'acier du pont. — Tu t'ennuies, Nyla. C'est dangereux, une voleuse qui s'ennuie dans un vaisseau spatial. Tu vas finir par démonter un sas juste pour voir comment ça ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ marche, ou voler la brosse à dents de Sètondji pour le sport, juste pour prouver que tu existes. — Je ne suis pas une voleuse. Je suis une "Spécialiste en Récupération Urbaine et Logistique". C'est marqué sur ma fiche de poste officielle, tamponnée par Sètondji lui-même. — Tu es une rate d'égout ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ qui a eu de la chance. N'oublie jamais ça. C'est ce qui te garde en vie, pas ton titre ronflant. Nyla se figea. Le mot "égout" fit remonter une odeur dans sa mémoire, violente comme un coup de poing dans l'estomac. Une odeur de vase, de pétrole, de plastique brûlé et ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ de sang. L'odeur d'Accra.


II. Le Casse (Flashback)

Accra, Ghana. Tour de la Banque Centrale (Zone Inondée). 15 Juillet 2047. 02:00 AM.

L'eau était noire. Noire comme de l'encre, noire comme la mort liquide. Nyla était immergée jusqu'à la taille dans le sous-sol du parking de la Banque Centrale. L'eau lui arrivait au nombril, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ froide, huileuse, visqueuse. Elle sentait des choses glisser contre ses jambes. Des sacs plastiques ? Des rats noyés ? Des morceaux de corps charriés par la crue ? Elle préférait ne pas savoir. Elle serrait les dents pour ne pas claquer des mâchoires, le froid pénétrant ses os. — Kojo, chuchota-t-elle ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ dans son micro-gorge volé à un drone abattu de la veille. Tu en es où ? Dis-moi que tu as fini. — Je... j'y suis presque, répondit la voix tremblante de son frère dans l'oreillette. On entendait le cliquetis frénétique de son clavier holographique projeté sur le béton humide. Le pare-feu ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ est plus coriace que prévu. C'est du cryptage militaire, Nyla. Pas du standard bancaire. Qu'est-ce qu'ils cachent là-dedans ? Ce n'est pas de l'argent. C'est de l'ADN numérique. — On s'en fout. Prends les codes et on se tire. L'eau monte. Nyla regarda le niveau de l'eau sur le mur de béton ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ sale. Il avait monté de cinq centimètres en dix minutes. La pompe de secours était en panne, ou sabotée par les insurgés. Elle vérifia le couloir avec son périscope artisanal (un miroir scotché sur un tuyau PVC). Les caméras de sécurité clignotaient, mourantes. L'électricité était instable. C'était leur chance. Les émeutes ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ dehors, provoquées par la "Grande Soif" (trois semaines sans eau potable dans les quartiers pauvres), avaient désorganisé la sécurité de la ville. Mais pas la milice Black Star. Eux, ils étaient payés en dollars, pas en Cedis dévalués. Ils restaient organisés. Ils restaient mortels. Ils étaient les requins dans ce bocal.

Soudain, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ une lumière crue balaya le haut de la rampe du parking. — Patrouille ! siffla Nyla. Kojo, maintenant !C'est bon ! J'ai les paquets ! Je copie sur les disques ! Encore 10 secondes ! — Débranche tout et cours ! Putain de 10 secondes ! Nyla sortit son arme : une ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ barre à mine en titane, volée sur un chantier de digue. Pas de pistolet. Les pistolets font du bruit et attirent les drones soniques. La barre à mine brise les os en silence. Elle se glissa dans l'ombre d'un pilier, retenant sa respiration. Deux hommes descendirent la rampe, leurs bottes tactiques clapotant ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ dans l'eau. Ils portaient des armures noires mates, des casques intégraux avec vision nocturne. Des fusils d'assaut HK-416 à visée thermique. Des tueurs professionnels. — J'ai un signal thermique au niveau -2, dit l'un d'eux, sa voix robotisée par le masque. Petite signature. Un rat ou un enfant.Nettoie tout, répondit ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ l'autre, froid comme la glace. Pas de témoins. Ordre Alpha.

Nyla retint son souffle, son cœur battant contre ses côtes comme un oiseau piégé. Ils allaient vers la salle des serveurs. Vers Kojo. Elle n'avait pas le choix. Elle attrapa une vieille jante de voiture qui flottait et la lança de l'autre côté ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ du parking avec toute sa force. Clang ! Le bruit résonna comme une cloche dans la cathédrale de béton. Les deux miliciens pivotèrent instantanément, leurs lampes braquées sur le bruit. — Contact ! Ils ouvrirent le feu. Le bruit des balles percutant le béton fut assourdissant, amplifié par l'écho. Des éclats de pierre volèrent. Nyla ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ en profita. Elle ne courut pas. Elle nagea presque, silencieuse comme un crocodile, contournant les piliers dans leur angle mort. Elle arriva derrière le deuxième homme. Elle surgit de l'eau, sa barre à mine levée haut. Elle frappa non pas la tête (trop dur avec le casque composite), mais l'arrière du genou, là ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ où l'armure a une jointure souple en kevlar. Crac. Le bruit sec d'un ligament qui cède. L'homme hurla et tomba à genoux dans l'eau putride. Nyla ne lui laissa pas le temps de se relever. Elle lui asséna un coup violent sur le côté du casque, l'étourdissant, et le poussa face contre terre ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ dans l'eau. L'armure lourde le maintint au fond. Les bulles remontèrent. Le premier homme se retourna, alerté par le remous. — Merde ! Il tira au jugé. Une balle frôla l'épaule de Nyla, déchirant sa combinaison de néoprène et brûlant sa peau. Elle plongea sous l'eau noire. Les balles traçaient des sillons blancs dans l'eau ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ autour d'elle, comme des micro-torpilles. Elle nagea vers la sortie de secours, priant pour que Kojo ait eu le réflexe de sortir par les conduits d'aération comme prévu. Elle émergea près de la grille. Verrouillée. — Nyla ! C'était Kojo. Il était de l'autre côté, dans la ruelle inondée. Il avait forcé la ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ grille avec son cric hydraulique portable. Elle se glissa par l'ouverture, trempée, tremblante, saignante. Kojo la hissa dehors. Il était pâle, terrifié, mais il serrait un sac étanche contre sa poitrine comme un nouveau-né. — Je l'ai, Nyla. Je l'ai. Tous les codes. — Cours, dit-elle en crachant de l'eau saumâtre. Ne t'arrête pas.


​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ III. Le Déluge (Flashback 2)

Ils coururent. Accra n'était plus une ville. C'était un archipel de ruines, une Venise cauchemardesque. Il pleuvait. Non, ce n'était pas de la pluie. C'était le ciel qui tombait, lourd, acide, gris. L'eau montait dans les rues du quartier d'Osu, transformant les avenues autrefois vibrantes en torrents de boue. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ Elle était noire, épaisse, charriant des ordures, des cadavres de chiens gonflés, des meubles brisés et des morceaux de vieilles affiches électorales promettant "Un Avenir Sec". Nyla avait de l'eau jusqu'aux genoux. Elle courait, mais l'eau retenait ses jambes comme de la mélasse gluante. Chaque pas était une bataille. Derrière eux, les ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ sirènes hurlaient. Les drones de la Milice Black Star bourdonnaient comme des frelons en colère dans le ciel d'orage, leurs projecteurs balayant les façades décrépites à la recherche de pillards. — Arrêtez-vous ! vociféra un haut-parleur céleste. Couvre-feu strict ! Tir à vue autorisé ! Toute personne dans la rue sera ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ considérée comme hostile.

Nyla poussa Tundé dans une ruelle étroite entre deux immeubles effondrés. — Monte ! hurla-t-elle en désignant une échelle de secours rouillée qui pendait à trois mètres du sol. Tundé était un génie avec un clavier, mais il n'était pas athlétique. Il glissa sur la boue, paniqué. — Je ne peux ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ pas ! Le sac est trop lourd ! — Donne-le moi ! Elle attrapa le sac, fit la courte échelle. Tundé s'accrocha aux barreaux, gémit, se hissa péniblement. Dès qu'il fut en haut, Nyla recula, prit son élan. Elle courut contre le mur, un, deux, trois pas verticaux défiant la gravité, rebondit, et ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ attrapa le dernier barreau d'une main. Son épaule craqua, mais elle tint bon. Elle se rétablit sur la passerelle métallique au moment où un drone passait dans la rue en contrebas, scannant la boue qu'elle venait de quitter. Le faisceau bleu passa à dix centimètres de ses pieds.

Ils étaient sur les ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ toits. Le "Highway des Rats". Ici, c'était le domaine de Nyla. Elle connaissait chaque tôle ondulée, chaque saut, chaque pont de fortune fait de planches pourries reliant les immeubles. Elle guidait Tundé, lui hurlant dessus pour qu'il avance, pour qu'il ne regarde pas en bas. Ils arrivèrent au point de rendez-vous : le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ réservoir d'eau désaffecté de l'ancien hôtel Continental. C'était censé être leur porte de sortie vers la Zone Verte. C'était une impasse. Devant eux, un mur de trois mètres avait été érigé la veille. Au sommet, des tessons de bouteilles cimentés et du fil barbelé électrifié. — C'est fermé ! paniqua Tundé, s'effondrant contre ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ le mur. Ils ont muré le passage ! On est piégés ! — Calme-toi. Nyla chercha une issue. Rien. Ils étaient coincés entre le mur et le vide. Et l'ombre arriva.


IV. L'Ombre du Guerrier (Flashback 3)

Une ombre se détacha de l'obscurité sous un manguier pourri qui poussait à travers le béton du ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ toit. Une ombre immense. — Tu es rapide, petite. Mais pas assez. Nyla sortit son couteau. Une lame courte, dentelée, faite avec un morceau de pare-chocs affûté. Une arme de rue, vicieuse, conçue pour déchirer, pas pour couper. — Recule, feula-t-elle. Je suis malade. J'ai le typhus. Je te crache dessus et tu crèves. L'homme ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ avança. Il portait une armure tactique sans insigne, mate, rayée par les combats. Il tenait un fusil d'assaut d'une main, canon vers le bas, comme un jouet inoffensif. C'était Koffi. Mais elle ne le savait pas encore. Elle voyait juste un monstre de la milice, un tueur de plus. — Range ça, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ dit-il calmement. Si je voulais te tuer, tu serais déjà une passoire. J'ai eu dix occasions de t'abattre depuis la banque. Je t'ai vue neutraliser mon homme au niveau -1. Joli coup. Pas très propre, mais efficace. — Qu'est-ce que tu veux ? Le sac ? Prends-le. C'est juste des vieux ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ films. Koffi sourit. Un sourire rare, presque triste. — Tundé m'a dit que c'étaient des codes bancaires. Il parle trop, ton frère, sur les réseaux cryptés. Il a laissé des traces partout. Vous avez déclenché trois alarmes silencieuses. Nyla se tendit. Elle se mit devant Tundé, protégeant son frère avec son corps maigre. — ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ Tu travailles pour qui ? La Banque ? Black Star ? — Je travaille pour l'avenir. Koffi fit un pas. — Donne-moi le sac. — Viens le chercher. Elle bondit. C'était stupide. C'était suicidaire. Mais c'était Nyla. Elle attaquait toujours quand elle avait peur. La peur était son carburant. Elle visa la gorge, là où l'armure ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ s'arrêtait, entre le casque et le plastron. Koffi ne bougea pas les pieds. Il ne leva même pas son arme. Il lâcha le fusil (qui resta suspendu à sa sangle) et leva son bras gauche. Il para le coup avec une vitesse terrifiante pour un homme de sa taille. Sa main, large ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ comme une pelle, se referma sur le poignet de Nyla avant que la lame ne touche sa peau. Il ne serra même pas fort. Juste assez pour presser le nerf radial. Une décharge de douleur électrique. Nyla lâcha le couteau. Il la balaya d'un mouvement souple, une technique de judo parfaite, la plaquant ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ au sol sans la blesser, un genou sur son dos. — Tu as du cran, dit Koffi au-dessus d'elle. La technique est nulle, tu te découvres trop, mais l'instinct est bon. Sètondji aime les fous. Mais il a besoin de gens vivants. Il la relâcha et recula, ramassant son couteau pour le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ lui rendre. Nyla se releva, massant son poignet, prête à mordre, les yeux fous. — Qui est Sètondji ? — L'homme qui construit le bateau. Tundé n'a pas piraté la banque pour de l'argent. Il a piraté le serveur de transit de la Kouassi Holdings qui passait par la banque. Il a volé ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ la liste des passagers de l'Arche. Et les codes d'accès biométriques. Koffi tendit la main, paume ouverte. — Vous avez volé des billets pour Mars, gamins. Le problème, c'est que vous ne savez pas où est le quai d'embarquement. Et Black Star est à deux minutes d'ici. Ils ont des chiens thermiques. — ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ Pourquoi tu nous aides ? demanda Tundé, sortant de sa cachette, tremblant de tous ses membres. — Parce que j'ai besoin d'un hacker qui peut casser du cryptage militaire en dix minutes sous l'eau. Et j'ai besoin... Il regarda Nyla, ses yeux évaluant chaque cicatrice, chaque muscle tendu, chaque étincelle de rage. — ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ ... j'ai besoin de quelqu'un qui n'a pas peur de sauter dans le vide. — Tu as deux choix, Nyla. Tu restes ici, et la milice te trouve. Ils te tueront pour le plaisir. Ou tu me donnes le sac, tu prends ton frère, et tu viens voir le patron. — Et ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ si je refuse ? — Tu apprendras à nager très longtemps.


V. Le Tri (Flashback 4)

Le quai d'embarquement n'était pas un port. C'était un bunker sous l'université de Legon, loin des zones inondées. Nyla n'avait jamais vu autant de lumière blanche. Les murs étaient d'un blanc pur, les sols impeccables. Ils étaient des ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ centaines. Des "candidats". La queue s'étirait sur des kilomètres dans les couloirs souterrains. Des médecins, des ingénieurs, des artistes, des généticiens. Des gens propres. Des gens qui sentaient le savon, le diplôme universitaire et la peur polie. Ils tenaient leurs dossiers médicaux contre eux comme des boucliers. Et au milieu, il y ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ avait eux. Les Rats. Nyla et Tundé, couverts de boue, de sang séché, puant l'égout, traînant leur sac étanche. Les gens s'écartaient sur leur passage, horrifiés, comme s'ils étaient contagieux. Koffi les guida à travers la foule, fendant la masse humaine comme un brise-glace nucléaire. — Ne parlez à personne, dit-il sans se retourner. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ Marchez droit. Ils passèrent devant des stations médicales ouvertes. On voyait des gens pleurer après le scan biométrique. — Refusé. Asthme chronique. Risque respiratoire sur Mars.Refusé. Prédisposition génétique au cancer du pancréas. Non viable.Refusé. Trop vieux. 55 ans. Limite d'âge dépassée. C'était une boucherie silencieuse. Un tri eugéniste froid, clinique, mathématique. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ Une apocalypse gérée par algorithme. Nyla vit une femme élégante supplier à genoux devant un garde, offrant ses bijoux, sa montre en diamant. Le garde la repoussa sans un mot, visage fermé. Ici, l'or ne valait rien. Seul l'ADN parfait comptait. Seule l'utilité future comptait. Koffi les emmena dans une salle à ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ part, loin de la cohue. Un homme attendait. En tunique blanche immaculée. Sètondji Kouassi. Il les regarda. Il ne regarda pas leur boue. Il ne regarda pas leur pauvreté. Il regarda leurs yeux. — Alors c'est eux ? demanda-t-il à Koffi. Les voleurs de feu ? — Ils ont passé le test du toit. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ Et le garçon a brisé le Code Noir. Sètondji s'approcha de Tundé. — Tu as cassé mon code en 12 minutes, jeune homme. C'est impressionnant. C'est aussi très irresponsable. Tu as failli déclencher une guerre financière. Tundé baissa la tête, intimidé par l'aura du "Milliardaire Prophète". — Je voulais juste sauver ma sœur. Sètondji sourit. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ Un sourire chaleureux qui n'atteignait pas tout à fait ses yeux calculateurs. — C'est une bonne motivation. La meilleure. L'amour est un carburant plus puissant que l'uranium. Il se tourna vers Nyla. — Et toi ? Tu as failli tuer mon chef de sécurité avec un morceau de ferraille rouillée. — Il m'a laissé ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ gagner, cracha Nyla, défiant son regard. Sètondji éclata de rire. — Non. Koffi ne laisse jamais gagner personne. S'il t'a laissée en vie, c'est qu'il pense que tu en vaux la peine. Il pense que tu es un loup, pas un mouton. Et nous aurons besoin de loups là-haut. Il leur tendit deux ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ puces sous-cutanées. Les clés du royaume. — Bienvenue à bord, enfants de la pluie. Allez vous laver. Vous puez l'ancien monde. Et ne me faites pas regretter ma miséricorde.


VI. Le Pacte (Présent)

Nyla rouvrit les yeux. Le souvenir se dissipa, remplacé par la réalité stérile du gymnase, par l'odeur de propre et ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ de métal. Elle regarda Koffi. Il était toujours là, immuable. — Tu savais, dit-elle. Tu savais que Sètondji nous prendrait. — Je savais qu'il aimait les cas désespérés. Comme lui. Il se voit en vous. Le survivant qui a tout brûlé pour s'en sortir. Koffi se leva, dominant Nyla de toute sa hauteur. Il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ était immense. — Pourquoi tu cours, Nyla ? — Pour oublier que je suis une privilégiée. Pour oublier la femme à genoux qui offrait ses bijoux. Elle est morte, n'est-ce pas ? Noyée ou tuée par la milice. Et moi, la rate, je suis là, à boire de l'eau purifiée et à ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ manger des protéines synthétiques. C'est injuste. Koffi posa sa main lourde sur l'épaule de la jeune fille. Sa poigne était ferme, mais pas douloureuse. — La justice est un concept terrestre, Nyla. Ici, il n'y a que la nécessité. On ne l'oubliera jamais. C'est le prix du billet. On porte leurs fantômes ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ sur notre dos. C'est pour ça qu'on doit être forts. Pour qu'ils ne nous écrasent pas. Si tu craques, leur mort aura servi à rien. Il se baissa et ramassa une paire de gants de sparring usés. Il les lui lança. — Mets ça. — Pourquoi ? — Parce que courir ne suffit plus. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ Tu sais fuir, Nyla. Tu es la meilleure pour fuir. C'est très bien. Mais sur Mars, il n'y aura nulle part où fuir. Il n'y aura pas de ruelle sombre, pas de toit voisin. Il faudra faire face. Nyla regarda les gants rouges. La couleur du sang. La couleur de la ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ terre promise. Elle les enfila, serrant les velcros avec ses dents. Elle sentit le poids familier du cuir. — Ok, dit-elle, prenant sa garde, une garde basse, sale, de rue. Montre-moi comment on casse une mâchoire sans se faire mal. Koffi sourit. Un vrai sourire cette fois. Il leva ses poings, massif comme ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌​​​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​‌‌‌‌‍​‌‌‌‌​​​ un tank. — Garde haute. On ne se bat pas pour gagner ici. On se bat pour survivre. Viens. Nyla s'élança. Pas pour fuir. Pour frapper.

(Fin du Chapitre 12)