TADOW
Chapitre 02

Le Sang Noir

Site du Crash du *Nemesis* (Cratère de Hellas Planitia). · 17 Avril 2061. · POV Viktor Volkov.

I. L'Homme de Fer

La douleur était une vieille amie. Elle avait accompagné Viktor Volkov toute sa vie, depuis les sanatoriums sibériens de son enfance tubérculeuse jusqu'aux arènes corporatistes de Moscou où il avait appris à briser des os avec un sourire. Elle n'était pas une ennemie à combattre, mais ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ une information brute à traiter. Une donnée télémétrique que son cerveau devait analyser, catégoriser, et ignorer pour continuer à fonctionner. Amplitude : 8/10. Localisation : fémur gauche. Nature : pulsatile, aigüe, irradiante. Volkov serra les dents sur le morceau de cuir bouilli qu'il gardait dans sa poche pour ces occasions. Il refusa ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ la sédation. La sédation embrumait le jugement, et un commandant aveugle était un commandant mort. — Continuez, Sergueï, grogna-t-il, la sueur perlant sur son front pâle, roulant dans ses yeux comme des larmes acides. Le Dr. Sergueï Kropotkine, chirurgien de terrain du Nemesis et l'un des rares officiers médicaux à avoir survécu ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ à l'impact à haute vélocité, hésita. Ses mains, gantées de latex couvert de sang séché, tremblaient légèrement sous la lumière crue et vacillante de la lampe frontale. — Commandant, je devrais vraiment attendre que le synthétiseur produise plus de lidocaïne. Le périoste est à vif. L'os est fissuré sur cinq centimètres. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Je dois gratter le cartilage brûlé. — Coupez, Sergueï. Ce n'était pas une demande. C'était un ordre aboyé avec la précision d'un tir de sniper. Un ordre qui ne tolérait aucune déviation, aucune pitié humaine. Kropotkine déglutit bruyamment, sa pomme d'Adam oscillant comme un métronome nerveux, et replongea le scalpel laser dans la ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ plaie béante de la cuisse de Volkov. Une odeur de chair brûlée, de graisse fondue et d'ozone remplit le petit module de survie pressurisé qui servait de Quartier Général. L'odeur de la guerre. L'odeur de la viande chaude. Volkov ne ferma pas les yeux. Il refusa de fermer les yeux. Il fixa ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ le plafond métallique déformé du module, où une fissure laissait deviner l'isolation thermique rose. Il compta les rivets. Il compta les secondes. Un. Deux. Trois pour l'Empire. Quatre pour la Gloire. Le Nemesis était mort. Son magnifique croiseur de classe Titan, le joyau de la flotte privée d'AresCorp, 500 mètres d'acier et de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ céramique furtive, n'était plus qu'une carcasse tordue, éventrée, fumante, enfoncée à moitié dans la régolite martienne. Un monument de mille milliards de dollars transformé en décharge à ciel ouvert dans la dépression de Hellas Planitia. Sur les cent vingt hommes d'équipage d'élite, quarante étaient morts à l'impact, pulvérisés par la décélération ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ de 20G. Vingt autres avaient succombé à leurs blessures ou au froid dans les jours suivants, faute de module médical intact. Il lui restait soixante hommes. Soixante loups affamés, frigorifiés, piégés sur un caillou hostile à soixante millions de kilomètres de la maison, avec des réserves d'oxygène pour trois semaines et des ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ rations pour deux. Et leur Alpha était allongé sur une table froide, la jambe ouverte comme un livre d'anatomie. Si Volkov montrait le moindre signe de faiblesse, ils le dévoreraient. C'était la loi de la meute. C'était la loi qu'il leur avait apprise, à coup de bottes et de privations, depuis leur ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ recrutement dans les goulags privés d'AresCorp ou les fosses de combat de l'Asie Centrale. Kropotkine retira un grand éclat de métal tordu de la cuisse à l'aide d'une pince hémostatique. — Voilà, dit-il en le laissant tomber dans un plateau en inox. Cling. Ça a raté l'artère fémorale de trois millimètres. Vous ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ avez une chance insolente, Commandant. Volkov se redressa sur ses coudes, ignorant l'éclair blanc qui traversa sa colonne vertébrale. — La chance est une variable pour les incompétents, Sergueï. Recousez. — Je n'ai plus de fil biosynthétique résorbable. Je vais devoir utiliser des agrafes chirurgicales en titane. Ça va laisser une cicatrice... laide. — ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Les cicatrices sont des médailles que la vie nous donne. Faites. Clac. Clac. Clac. Chaque agrafe était une morsure de feu. Volkov visualisa la douleur comme un flux de données corrompues et l'isola dans une partition sécurisée de son cerveau reptilien. Quand ce fut fini, il se redressa complètement, repoussant brutalement la main ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ de l'infirmier qui voulait l'aider. Il descendit de la table. Il testa sa jambe. Elle tenait. Elle hurlait, mais elle tenait. Il enfila son pantalon de treillis noir, cacha le bandage, et remit sa veste d'officier aux épaulettes arrachées. Il se tourna vers l'ombre dans le coin de la pièce. — Rapport, dit-il. Le Capitaine ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Elena "Viper" Ivanova s'avança. Grande, blonde, le visage marqué par une brûlure chimique sur la joue gauche, elle était une tueuse née formée par le FSB avant de rejoindre le privé. Elle ne s'inquiétait pas pour la douleur des autres. — Les générateurs auxiliaires 2 et 3 sont en ligne, dit-elle ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ d'une voix neutre. On a rétabli le périmètre de défense automatisé sur 500 mètres. Mais les munitions pour les tourelles Sentinel sont à 40%. Si Sètondji envoie des drones lourds, on ne tiendra pas une heure. — Sètondji est un bâtisseur, pas un guerrier. Il enverra des négociateurs ou des espions. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Et l'eau ? — On recycle l'urine et la glace récoltée sur les bords du cratère. C'est... buvable. Mais on a détecté des impuretés inconnues dans la glace du fond. Des particules noires microscopiques. Volkov se figea, ajustant son col. — Des particules noires ? — Oui. Non-biologiques, mais réactives. Kropotkine pense que c'est ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ de la poussière volcanique. Mais j'ai vu un technicien vomir du sang noir après en avoir bu. Nous l'avons mis en quarantaine. Il... il chuchote dans son sommeil, Commandant. Volkov ajusta son ceinturon, sentant le poids rassurant de son arme. — Ce n'est pas de la poussière volcanique, Elena.


II. La Loi ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ du Sang

Volkov sortit du module médical en boitant ostensiblement moins qu'il ne le devrait. Le froid martien le frappa comme un marteau physique, -60°C malgré le soleil de midi. Le ciel n'était pas bleu, il était d'un rose saumoné sale, presque brun, chargé de cette poussière qui pénétrait tout. Le campement ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ était plongé dans une pénombre rougeâtre. Les générateurs tournaient au ralenti pour économiser le deutérium. Des tentes rapiécées claquaient au vent. Devant le réfectoire improvisé, un attroupement s'était formé. Des cris. Des bruits de lutte sourds. Volkov avança. Les hommes s'écartèrent sur son passage comme les eaux de la Mer Rouge. Ils avaient ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ peur. Ils avaient le visage creusé par la faim, la peau grise du manque d'UV, les yeux brillants de fièvre. Mais ils avaient surtout peur de Lui. Ils savaient de quoi il était capable. Au centre du cercle, deux de ses gardes d'élite (les Berserkers, génétiquement modifiés pour l'endurance et l'obéissance) ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ maintenaient un homme à genoux dans la poussière rouille. Le Lieutenant Petrov. Un bon soldat. Un technicien radio expert. Petrov avait le visage tuméfié, un œil fermé par un hématome violet. À ses pieds, une caisse éventrée de rations de survie Lyophilisées AresCorp. — Rapport ! aboya Volkov. Elena Ivanova s'avança, implacable. — Le Lieutenant ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Petrov a été surpris en train de stoker des rations supplémentaires dans son kit personnel. Trois packs de protéines. Deux litres d'eau filtrée. Il volait la réserve commune pendant son quart de garde. Volkov regarda Petrov. Petrov ne baissa pas les yeux. Il tremblait, mais pas de froid. Il tremblait de rage ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ et de désespoir. — J'ai faim, Commandant ! cracha-t-il, un filet de salive sanglante coulant sur son menton. On a tous faim ! Vous ne réduisez pas vos rations, vous ! Kropotkine vous donne des suppléments pour votre guérison ! Je le sais ! Un murmure parcourut les rangs des soldats. C'était ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ le poison. Le doute. L'idée que le Chef mangeait pendant que la Meute jeûnait. Si Volkov ne l'écrasait pas maintenant, l'autorité s'effondrerait avant le coucher du soleil. Volkov s'approcha, jusqu'à dominer l'homme à genoux. — Tu as faim, Petrov ? demanda-t-il doucement. — Oui. Et eux aussi ! Petrov désigna les autres soldats ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ d'un mouvement de tête frénétique. On va crever ici ! Vous le savez ! Tundé arrive pour nous liquider, ses vaisseaux sont sur les radars ! Et vous, vous jouez aux archéologues avec ce maudit cratère ! Il faut se rendre ! On peut négocier une amnistie avec la Coalition ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ ! Le mot était lâché. Rendre. Le mot le plus sale du vocabulaire de Vladimir Volkov. Volkov sortit son pistolet. Pas son arme de service moderne, mais un vieux Makarov de calibre 9mm qu'il gardait comme talisman. Il aimait le poids de l'acier ancien et la certitude mécanique de la poudre. — La reddition ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ est une maladie, Petrov. C'est un cancer de l'âme. Et je suis le chirurgien. Il ne tira pas. Il rengaina lentement. Petrov sourit, un sourire tremblant, pensant avoir gagné un répit, pensant avoir touché une corde sensible. — Relevez-le, dit Volkov aux gardes. Les gardes lâchèrent Petrov qui se releva, époussetant ses genoux. — Tu veux ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ les rations ? Prends-les. Elles sont à toi. Petrov hésita, regarda autour de lui, puis se jeta sur la caisse. Il déchira un paquet de protéines avec ses dents, comme un animal affamé. Volkov se tourna vers ses hommes. — Regardez-le. Regardez bien. Sa voix monta, couvrant le bruit du vent. — Ce n'est plus ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ un soldat. Ce n'est plus un Lieutenant de la flotte AresCorp. C'est un ventre. Un estomac sur pattes. Il a vendu son honneur pour 500 calories. Il fit un signe discret à Elena. Elena sortit son couteau de combat, une lame en céramique noire de trente centimètres. — Un ventre n'a pas besoin ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ de bras pour tenir un fusil, dit Volkov. Petrov n'eut pas le temps de comprendre. Elena fut sur lui en une seconde, un mouvement fluide, létal. Elle ne le tua pas. Elle lui trancha les tendons des deux poignets avec une précision chirurgicale. ZIIIIP. ZIIIIP. Petrov s'effondra, hurlant, ses mains devenues inutiles pendantes au ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ bout de ses bras comme des poupées de chiffon, le sang giclant sur les précieuses rations qu'il essayait de manger. — Le sang attire les prédateurs, dit Volkov calmement. Jetez-le hors du périmètre. — Commandant ? demanda un sergent, horrifié. Il va mourir en quelques minutes dehors ! — Hors du périmètre. Laissez ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ les drones de garde faire leur travail. S'il survit jusqu'à demain, il aura prouvé qu'il mérite de vivre. Les gardes traînèrent Petrov, qui hurlait et pleurait, vers le désert noir au-delà des lumières du camp. Ses appels à l'aide s'éloignèrent, puis cessèrent brusquement. Volkov se tourna vers la troupe silencieuse. — Quelqu'un d'autre ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ a faim ? Un silence de mort. Seul le vent répondit. — Bien. La faim vous garde éveillés. La faim vous rend dangereux. Et j'ai besoin de loups dangereux, pas de chiens domestiques. Reprenez vos postes.


III. La Mémoire de la Glace

De retour dans son module, Volkov s'assit lourdement sur sa couchette. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Sa jambe le lançait violemment, une punition pour sa station debout. Il ouvrit une petite flasque de vodka synthétique qu'il cachait sous son oreiller et en but une gorgée brûlante. Il ferma les yeux et l'odeur du sang de Petrov (ferreux, chaud, humain) le transporta ailleurs. Soixante-dix ans plus tôt. Patagonie, Argentine. Bariloche. Le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ chalet de Grand-Père. Une forteresse de bois et de pierre cachée dans les Andes, protégée par des chiens et des gardes muets. Dehors, la neige tombait, recouvrant les secrets que les exilés avaient apportés d'Europe en 1945. Dedans, le feu de cheminée craquait. Son grand-père, Heinrich (il avait changé son nom en ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ arrivant, mais tout le monde savait qui il avait été : un officier de haut rang de l'Ahnenerbe), était assis dans son fauteuil en cuir, un plaid sur les genoux. Il était très vieux, la peau comme du parchemin jauni, mais ses yeux bleus étaient vifs, cruels, brillants d'une intelligence ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ maléfique. Le petit Viktor, 10 ans, jouait sur le tapis en peau d'ours. Il tenait une médaille étrange qu'il avait trouvée dans un tiroir. Un soleil noir en argent, gravé de runes. — Tu sais ce que c'est, liebling ? demandait Heinrich d'une voix râpeuse. — Un bijou, Opa ? — Non. Une clé. Heinrich ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ lui fit signe d'approcher. Il ouvrit un vieux livre relié de peau humaine qui posait toujours sur sa table. Les pages étaient couvertes de dessins à l'encre noire, précis, obsessionnels. Des montagnes de glace. Des tunnels plongeant vers le centre de la Terre. Et des créatures qui n'étaient pas humaines. Des ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ êtres grands, diaphanes, flottant dans des cités de cristal. — Nous avons cherché en Antarctique, Vladimir. L'Expédition de 1938. La Nouvelle-Souabe. Nous pensions que l'entrée de l'Agartha était là-bas. Sous la glace éternelle. Il tourna la page avec un doigt tordu par l'arthrite. Un dessin montrait une spirale d'ADN entrelacée avec des ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ constellations inconnues. — Nous avons trouvé des ruines. Immenses. Magnifiques. Mais elles étaient vides. Ils étaient partis. — Qui, Opa ? — Les Architectes. Les Vril-ya. Ceux qui sculptent la pierre avec le son. Ceux qui boivent la lumière noire pour devenir immortels. Le vieil homme saisit le poignet de l'enfant avec une force ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ surprenante, ses ongles s'enfonçant dans la chair tendre. — Nous nous sommes trompés de carte, Vladimir. Ils ne sont pas sous la Terre. Ils ont fui la Terre quand l'Homme est devenu trop bruyant, trop sale. Ils sont partis vers le Rouge. Vers le Dieu de la Guerre. — Mars ? — Ils ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ dorment là-bas. En attendant que le Sang Noir coule à nouveau. Heinrich toussa, un bruit caverneux qui semblait venir de la tombe. — Ils ont laissé des gardiens. Et des pièges pour les indignes. Mais celui qui boira le Sang Noir... celui-là deviendra un Dieu. Il n'aura plus jamais faim. Il n'aura ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ plus jamais froid. Il sera le Übermensch. Le souvenir s'estompa comme de la fumée. Volkov rouvrit les yeux dans le module martien. Il regarda sa main. Il ne tremblait plus. Le Sang Noir. Les "particules" dont parlait Elena. Il était là. Sous ses pieds. À quelques centaines de mètres sous la carcasse de son vaisseau. Son grand-père ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ était un monstre nazi, un fou, un occultiste obsédé par la pureté raciale. Mais il avait raison sur une chose, une seule. Le pouvoir ne se donne pas. Il se déterre.


IV. Le Temple des Murmures

— Préparez le treuil, ordonna Volkov dans son comlink, sa voix calme contrastant avec la tempête ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ sous son crâne. — Commandant ? C'est Elena. Vous ne devriez pas... — Préparez le treuil. Je descends dans la faille.

Dix minutes plus tard, Volkov descendait en rappel dans les ténèbres, suspendu à un filin de nano-carbone. Le vent hurlait en s'engouffrant dans la fissure ouverte par le crash, comme si la planète ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ criait de douleur. Au-dessus de lui, le rectangle de lumière du cratère rétrécissait jusqu'à devenir une étoile lointaine, indifférente. Autour de lui, l'obscurité était palpable, lourde, presque liquide. Son altimètre sur HUD indiquait -400 mètres. L'air changeait. Il n'était plus raréfié et glacial comme en surface. Il devenait dense, chargé d'une humidité impossible ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ et d'une odeur d'ozone et de cuivre. L'odeur d'un orage souterrain contenu depuis des millénaires. Ses bottes touchèrent enfin le sol. Pas de poussière ici. Pas de gravats. Le sol était une dalle de pierre noire, lisse comme un miroir, vitrifiée, polie au micron près. Volkov détacha son mousqueton avec un clic métallique qui ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ résonna trop fort. Il alluma sa lampe tactique montée sur l'épaule, balayant l'espace. Le faisceau de lumière se perdit. La salle était immense. Cyclopéenne. Il se tenait au seuil d'une nef qui aurait pu contenir la cathédrale Notre-Dame, flèche comprise. Mais l'architecture ne ressemblait à rien de terrestre, ni d'humain. Il n'y avait pas ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ d'angles droits. Tout était courbes, spirales, flux figés dans la roche. Les colonnes ne soutenaient pas le plafond ; elles semblaient couler du plafond comme des stalactites inversées, s'arrêtant à quelques centimètres du sol dans un défi muet à la gravité. — Incroyable, murmura Volkov. Sa voix ne produisit pas d'écho normal. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Le son fut absorbé par la pierre noire, puis renvoyé amplifié, déformé, chuchoté par mille bouches invisibles. ...oyable... yable... able... "Le Temple des Murmures," pensa-t-il. "Heinrich aurait pleuré de joie."

Il avança, boitant, son pistolet à la main par réflexe, bien qu'il sentît que les balles seraient aussi inutiles ici que des prières. Au ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ centre de la nef, une rigole avait été creusée dans le sol. Un canal géométrique précis, formant un motif complexe qui rappelait les circuits d'une carte mère. À l'intérieur coulait la substance. Le Sang Noir. Il était noir, d'un noir mat, absolu, qui absorbait la lumière de sa lampe. Il ne reflétait rien. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Il semblait absorber la réalité elle-même. Volkov s'accroupit au bord du canal. Il retira son gant droit. La peau de sa main était pâle, couverte de cicatrices blanches, témoignages de ses erreurs passées. Il hésita. Son instinct de survie hurlait : DANGER. TOXIQUE. ALIEN. RADIATION. Mais la voix de son grand-père chuchotait plus fort : ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Bois la lumière noire. Il trempa l'index dans le liquide. C'était froid. Plus froid que la glace sèche. Une brûlure cryogénique instantanée qui remonta le long de son nerf jusqu'à l'épaule, lui coupant le souffle. Il retira son doigt précipitamment. Le liquide ne gouttait pas. Il s'accrochait à sa peau, formant une pellicule vivante ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ qui semblait... chercher ses pores. Elle bougeait. Elle sondait. Elle goûtait son code génétique. Soudain, la douleur de sa blessure à la jambe disparut. Net. Plus d'élancements. Plus de feu. Juste le froid anesthésiant, puissant, absolu. Volkov regarda sa cuisse à travers le tissu du pantalon. Il sentit... un mouvement sous la peau. Comme ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ si la chair et l'os se tricotaient eux-mêmes à une vitesse folle. — Qu'est-ce que vous êtes ? demanda-t-il au liquide. En réponse, la salle s'alluma. Pas de lampes. Les murs eux-mêmes commencèrent à phosphorescer d'une lueur violette pâle, pulsante. Des glyphes apparurent sur les colonnes. Des cartes stellaires. Des brins d'ADN à triple hélice. Volkov ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ vit une fresque animée par la lumière. Il vit une planète bleue (La Terre ? Non, Mars il y a des éons, couverte d'océans). Il vit des vaisseaux-graines arrivant du ciel, non pas en métal, mais en cristal chantant. Il vit une guerre. Pas avec des rayons lasers, mais avec des sons. Des ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ vibrations qui faisaient éclater les os des géants. Il vit les "Bâtisseurs". Ils étaient grands, diaphanes, presque liquides. Et il vit leur ennemi. Une ombre. Une dissonance. Une tache noire dans la musique des sphères. L'Accordeur.

La vision changea brutalement. Le violet devint rouge. Il vit Elle. Le visage d'Amara Diop projeté en grand sur le mur, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ mais déformé, monstrueux, couvert de racines, les yeux vides. Le Sang Noir sur son doigt brûla plus fort. Une pensée s'imposa dans son crâne. Brute. Violente. Sans syntaxe humaine. Une pensée télépathique pure. <LA REINE IMPURE.> <ELLE CHANTE FAUX.> <ELLE EST LA DISSONANCE.> <ELLE DOIT ÊTRE CORRIGÉE.>

Volkov comprit. Ce n'était pas seulement une ruine. C'était une prison. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Ou une caserne. Et le Sang Noir n'était pas du carburant. C'était un soldat. Un gardien immunitaire. Ou un virus conçu pour tuer une infection spécifique : l'Hybridation incontrôlée. Volkov essuya son doigt sur son treillis. La pellicule noire ne partit pas. Elle avait pénétré. Elle faisait partie de lui. Il se sentait fort. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Invincible. Il se releva sans aucune douleur. Il sauta sur place. Sa jambe fléchit parfaitement. L'os s'était ressoudé en quelques secondes, renforcé par la matière noire. Il se mit à rire. Le rire résonna dans la nef, amplifié par l'acoustique alien, le transformant en rugissement de bête. Il avait trouvé mieux qu'une arme ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ atomique. Il avait trouvé l'anti-corps de Mars. — Je vous ai compris, dit-il aux murs pulsants. Vous voulez la faire taire. Je peux faire ça. Je peux être votre instrument. Il regarda vers le haut, vers le petit point de lumière lointain. — Mais d'abord, on va s'occuper des touristes.


V. Le Messager de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Fer

À peine Volkov avait-il remis le pied sur la surface rouge que l'enfer se déchaîna. Le ciel, d'habitude calme, se déchira dans un sifflement suraigu qui fit vibrer ses dents. ZIIIIIIIP. BOUM. Une colonne de poussière explosa à cinquante mètres du module de commandement, projetant des éclats de régolite tranchants comme du verre. — ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ À couvert ! hurla Elena en surgissant d'une tranchée et en plaquant Volkov au sol. Volkov la repoussa. Il voulait voir. — Ce n'est pas un bombardement orbital, dit-il en époussetant sa veste. C'est trop petit. Trop chirurgical. Il sortit ses jumelles thermiques. Là-haut, dans la stratosphère, un point blanc tournait en rond. Un drone. Mais ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ pas un drone martien bricolé. C'était un Predator-X de la flotte de l'ONU, dernière génération. Un tueur autonome à fusion froide. — Il nous teste, grogna Volkov. Il cartographie nos défenses. Il cherche les entrées de ventilation. Le drone plongea comme un faucon. Il ne tira pas de missile. Il lâcha une grappe ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ de projectiles cinétiques. Des fléchettes en tungstène de la taille d'un stylo, mais tombant à Mach 3. Tschack-Tschack-Tschack. Les fléchettes criblèrent la tente des communications. Le technicien radio, assis à son poste, n'eut même pas le temps de lever la tête. Il fut transformé en passoire avec son équipement. — Sergent ! Activez ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ les Sentinel ! hurla Elena dans la radio. — Les Sentinel ne peuvent pas verrouiller une cible aussi rapide ! répondit le sergent, terrifié, caché derrière un bloc de moteur. Le système de visée est trop lent ! Volkov sourit. — Alors on va le faire à l'ancienne. Il rampa jusqu'à une caisse d'armes ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ et en sortit son fusil de sniper personnel, un Dragunov SVD modifié électromagnétiquement qu'il avait sauvé du crash. — Il va faire un deuxième passage pour confirmer le kill, dit-il calmement à Elena. Il va ralentir pour prendre des photos haute résolution. C'est leur protocole standard. Ils sont arrogants. Ils pensent ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ que nous sommes des sauvages avec des bâtons. Il s'agenouilla dans la poussière, ignorant la douleur fantôme de sa jambe (qui ne lui faisait plus mal, grâce au Sang Noir). Il cala son arme sur l'épaule d'Elena. — Ne bougez pas, Capitaine. — Commandant, c'est de la folie. Ce drone a des capteurs optiques ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ à 360 degrés. Il va vous voir. — Il va me voir, oui. Mais il va voir un homme blessé avec un vieux fusil à poudre. Son algorithme de menace va me classer en priorité basse par rapport aux tourelles thermiques. C'était le pari. Le pari de l'homme contre la machine. L'imprévisibilité ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ du loup contre la logique du chien robot. Le drone revint. Il descendit bas, très bas, à cent mètres du sol. Son oeil cyclopéen scannait les débris. Il repéra les tourelles Sentinel et commença à charger son laser de découpe. Il ignora Volkov. — Erreur fatale, murmura Volkov. Il expira. Tout son corps se figea. Il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ pressa la détente. La balle de 12.7mm, propulsée par un mélange chimique instable qu'il avait fabriqué lui-même, quitta le canon à 1800 mètres par seconde. Elle traversa l'air raréfié presque sans friction. Elle frappa le drone non pas sur le blindage composite, mais directement dans l'optique principale. L'explosion fut petite mais satisfaisante. Aveuglé, le drone ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ vacilla. Son gyroscope s'affola. Il percuta la paroi du cratère dans une gerbe d'étincelles bleues et de débris. Les hommes, cachés dans leurs trous, poussèrent des hurlements de joie sauvage.


VI. La Meute de Fer

Le drone n'était que l'éclaireur. À peine sa carcasse fumait-elle dans le cratère que le sol se mit à ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ vibrer. — Contact sismique ! hurla le sergent radariste. Azimut 120 ! Ils escaladent la paroi ! Des silhouettes rapides, arachnéennes, dévalaient la pente abrupte du cratère avec une agilité effrayante, défiant la gravité faible. Ce n'étaient pas des hommes. C'étaient des quadrupèdes robotiques, des Ranger-IV de Boston Dynamics militarisés et peints en blanc ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ arctique. Des tueurs de meute. — Chiens de guerre ! cria Elena en armant son fusil d'assaut. Feu à volonté ! Les tourelles Sentinel, enfin verrouillées sur ces cibles terrestres, crachèrent leurs traçantes rouges. TAC-TAC-TAC-TAC. Le bruit était assourdissant. Les balles de calibre 20mm déchiquetaient la roche, soulevant des geysers de poussière rouge. Un chien ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ robot explosa, son blindage léger percé par une rafale. Il roula en boule de feu bleue au fond du cratère. Mais ils étaient rapides. Trop rapides. Ils esquivaient les tirs avec des algorithmes prédictifs. Ils zigzaguaient entre les rochers, sautant par-dessus les tranchées de défense. Il y en avait douze. Une meute de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ chasse parfaite. — Ils visent les générateurs ! comprit Volkov en voyant leur formation en triangle. Ils veulent nous couper le jus avant l'assaut principal ! Sans énergie, nous mourrons de froid en deux heures. Il rechargea son Dragunov. — Berserkers ! En avant ! Interceptez-les ! C'est votre heure ! Cinq hommes surgirent ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ des abris camouflés. Les Berserkers. Sa garde prétorienne. Ils ne portaient pas d'armure lourde, pour garder leur mobilité. Ils étaient torse nu par -60°C, leur peau grise et épaisse traitée génétiquement pour résister au gel et aux impacts, leurs muscles dopés aux stéroïdes de synthèse et à l'adrénaline pure. Ils manient des ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ masses thermiques et des fusils à pompe modifiés pour le gros calibre. C'était le Moyen-Âge technologique. La barbarie au service de la survie. Le lieutenant "Ogre", un géant de deux mètres au crâne rasé couvert de tatouages maoris, percuta le premier robot à l'épaule. Le choc fit trembler le sol. Le robot tenta ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ de mordre avec ses mandibules hydrauliques, mais Ogre lui fracassa le processeur central avec sa masse chauffée à blanc. CRUNCH. L'huile bleue gicla sur le torse du géant, se mêlant à sa sueur. — À mort ! hurla Ogre. Un autre robot sauta sur un soldat proche, ses griffes en titane déchirant la chair ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ jusqu'à l'os. Le soldat hurla, mais d'un geste de défi ultime, il dégoupilla une grenade à main qu'il tenait à la ceinture. BOUM. L'explosion pulvérisa l'homme et la machine, envoyant des shrapnels mortels dans la mêlée. Volkov ajusta sa visée. Il repéra le robot Alpha, celui qui coordonnait l'attaque. Il restait en retrait, perché ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ sur un rocher, marquant les cibles prioritaires avec un laser vert. — Pas chez moi, sale bête, grogna Volkov. Il tira. La balle traversa la tête du robot Alpha, détruisant son antenne de commandement. La meute s'arrêta net. Privés de leur cerveau collectif, les robots restants devinrent erratiques, tournant en rond ou attaquant des ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ rochers. Les Berserkers profitèrent de la confusion pour les finir à coups de barre à mine et de fusil à pompe. En deux minutes, le silence revint, brisé seulement par le crépitement des flammes. Le sol était jonché de débris métalliques et de deux cadavres humains. Volkov descendit dans la tranchée, son fusil sur ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ l'épaule. Il s'approcha d'Ogre, qui respirait bruyamment, la vapeur sortant de sa bouche comme d'une locomotive. — Bon travail, Lieutenant. — C'était facile, Commandant, grogna le géant en essuyant l'huile bleue de son visage. Ils sont rapides, mais ils n'ont pas d'âme. On ne peut pas gagner une guerre sans âme. Volkov regarda les ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ robots détruits. — Ne les sous-estimez pas. La prochaine fois, ils enverront des modèles de combat lourds. Ramassez les pièces. On a besoin de leurs processeurs pour réparer nos radios, et de leurs batteries pour le chauffage. Il regarda vers le ciel. La flotte là-haut avait des milliers de ces jouets. Il ne pouvait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ pas gagner une guerre conventionnelle. Il avait besoin de magie.


VII. Le Soleil Noir

Après la bataille, l'adrénaline retomba aussi vite qu'elle était montée. Et la fatigue frappa Volkov comme une masse d'armes. Il s'écroula sur sa couchette, tout habillé, ses bottes encore couvertes de poussière rouge et de sang de drone. Il ferma les ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ yeux. Il ne s'endormit pas. Il tomba. Il tomba à travers le matelas, à travers le sol du module, à travers la croûte martienne. Il tomba vers le Sang Noir.

Il atterrit dans un désert. Mais le sable n'était pas rouge. Il était blanc. Blanc comme de l'os en poudre. Le ciel était violet. Et au zénith, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ il y avait un Soleil Noir. Un disque d'antimatière entouré d'une couronne de flammes froides. Devant lui se dressait une cité. Pas des ruines. Une cité vivante. Des tours de cristal qui chantaient, vibrant à des fréquences impossibles. Des ponts de lumière solide reliaient les flèches. Mais la cité était assiégée. Des racines géantes, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ monstrueuses, sortaient du sol blanc et étranglaient les tours. Elles écrasaient le cristal, étouffaient la musique pure. Au milieu des racines, une femme. Elle était immense, haute comme une montagne. Elle avait le visage d'Amara, mais sa peau était faite d'écorce et ses cheveux étaient des lianes venimeuses. Elle riait. Et son rire ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ faisait saigner les oreilles de Volkov.

— Elle est belle, n'est-ce pas ? Volkov se retourna. Un homme se tenait à côté de lui. Il était petit, vêtu d'un costume gris impeccable, style années 1940. Il avait le visage de son grand-père, Heinrich. Mais quand il souriait, ses dents étaient des aiguilles de verre. — Grand-père ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ ? — Je suis un souvenir, Viktor. Une interface que ton esprit peut tolérer. Je suis l'Accordeur. L'homme regarda la géante Amara. — Elle est la Jardinère Folle. Elle veut transformer Mars en une jungle. Elle veut ramener la Vie Chaude, la Vie Humide, la Vie Sale. — Et alors ? C'est ce qu'on ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ veut, non ? De l'oxygène. De l'eau. L'homme secoua la tête avec dégoût. — La Vie est une maladie, Vladimir. Elle est chaotique. Elle pourrit. Elle meurt. Elle fait du bruit. Il tendit la main vers le Soleil Noir. — Nous offrons autre chose. La Stabilité. La Pureté. L'Éternité Minérale. Une symphonie parfaite sans ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ fausse note biologique. Il se tourna vers Volkov. — Tu as goûté le Sang. Tu es le premier depuis dix mille ans. Tu es le Proto-Gardien. — Je ne suis le gardien de personne. Je suis mon propre maître. — Vraiment ? L'homme claqua des doigts. La douleur de la jambe de Volkov revint, multipliée par ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ mille. Il hurla et tomba à genoux dans la poussière d'os. — Tu es brisé, Vladimir. Tu as toujours été brisé. Ton corps est faible. Ton cœur est faible. L'homme posa sa main sur l'épaule de Volkov. La douleur disparut. — Mais nous pouvons te réparer. Nous pouvons te faire en acier. En ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ diamant. En quelque chose que le temps ne peut pas éroder. Il désigna la géante Amara qui écrasait une tour de cristal. — Elle est ta cible. Elle porte en elle la dissonance. Si elle s'éveille complètement, si elle connecte le Mycélium à la conscience humaine... ce sera la fin de l'Ordre. — ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Qu'est-ce que je dois faire ? haleta Volkov. — Tu dois être le couteau. Tu dois couper la mauvaise herbe. L'homme lui tendit une épée. Mais ce n'était pas une épée. C'était un éclat de verre noir, vibrant, hurlant. — Prends-le. Et tue la Reine. Volkov tendit la main. Ses doigts se refermèrent sur la poignée. Le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ verre noir fondit. Il entra dans sa peau. Il remonta le long de son bras. Il fusionna avec ses veines. Il ne tenait pas l'épée. Il était l'épée.


VIII. La Faim du Loup

Volkov se réveilla en sursaut. Il était trempé de sueur froide. Il regarda sa main. Pas de verre noir. Juste sa peau ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ pâle. Mais il sentait le froid à l'intérieur. Il sentait la présence de l'Autre. Il se leva. Pas de douleur. Il sortit du module. La nuit était tombée. La tempête s'était calmée. Il monta sur la crête du cratère, là où ses observateurs veillaient. — Cible en visuel ? demanda-t-il au sergent technicien. — Affirmatif. Le Nyame ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Dua est à 120 kilomètres. Ils sont calmes. Volkov regarda dans l'oculaire. Le vaisseau d'Amara brillait comme un phare dans la nuit martienne. Il vit des lumières. Il vit de l'espoir. Et il vit sa cible. — Commandant ! Alerte radar ! Priorité Alpha ! Elena Ivanova courut vers lui, une tablette durcie à la main. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Son visage était blême. — Quoi encore ? Le drone a rappelé ses amis ? — Non. Regardez plus haut. Elle lui tendit la tablette. L'espace au-dessus de Mars n'était plus vide. Des signatures orbitales multiples traçaient des lignes rouges sur l'écran. Des vecteurs d'entrée atmosphérique agressifs. — Ils freinent, dit Elena. Ils préparent une insertion orbitale ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ basse. Ils ne se mettent pas en orbite géostationnaire, ils descendent directement ! Volkov lut les identifiants qui défilaient. UNS Shangô (Croiseur Lourd - Classe Hammerhead). FNS Charlemagne (Frégate furtive - Marine Française). Svalbard Seedkeeper (Vaisseau scientifique armé). La Coalition. Le monde qu'ils avaient fui les avait rattrapés. Et à leur tête... Tundé Kouassi. Volkov éclata de rire. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Un rire aboyant, sec, qui fit sursauter le sergent. — Le fils prodigue, dit-il. Il vient tuer le père. Et il a amené ses amis pour le spectacle. — Ils ont une puissance de feu suffisante pour vitrifier toute la région, dit Elena, pragmatique. S'ils nous repèrent... — Ils savent déjà où nous ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ sommes, Elena. Le Nemesis a une signature radioactive visible depuis Jupiter. Ils vont nous bombarder depuis l'orbite pour nettoyer la zone avant de se poser chez Sètondji. Nous sommes les témoins gênants. — Alors nous sommes morts. — Non, dit Volkov. Pas morts. Utiles. Il regarda le Nyame Dua dans le lointain. — Sètondji ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ ne peut pas se battre contre une flotte orbitale. Il a des boucliers anti-météorites, pas des défenses cinétiques militaires. Il va se faire écraser s'il reste seul. Tundé va l'ouvrir comme une boîte de conserve. — Et nous aussi. — Sauf si nous avons quelque chose que la Coalition veut. Ou quelque ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ chose qu'ils craignent. Il regarda vers le sol, vers les ruines enfouies sous ses bottes. Le Sang Noir. L'arme ancienne. Il sentait encore le froid dans son doigt. Il sentait la puissance de l'Accordeur. Et il eut une idée. Une idée tordue, magnifique, désespérée. Le plan se forma dans son esprit avec la clarté d'un ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ cristal. — Préparez un canal sécurisé, Elena. Fréquence cryptée, code Alpha-Omega. — Vers qui ? La flotte de la Coalition ? Pour négocier une reddition ? Vous avez dit que c'était une maladie... — Jamais. Je ne me rends pas aux banquiers, Elena. Je préfère mourir debout que vivre à genoux devant un ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ comptable. Volkov sourit, et cette fois, son sourire atteignit ses yeux froids, brillants d'une lueur violette imperceptible. — Vers Sètondji. — Sètondji ? — Dites-lui que le Loup veut parler au Berger. Il se tourna vers l'horizon, où la poussière commençait à avaler le soleil. — Dites-lui que je sais ce qu'il y a sous nos ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ pieds. Dites-lui que je sais ce qu'est Amara. Dites-lui que s'il veut sauver ses précieuses brebis de l'Abattoir de son fils, il va devoir laisser entrer le Loup dans la bergerie. — Il ne vous croira pas. Il vous hait. — Oh si. Il me croira. Parce qu'il est seul. Et qu'il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ a peur. Et qu'il sait, au fond de lui, que pour tuer un monstre comme Tundé... il faut un monstre comme moi. Il caressa la crosse de son Makarov. — Et préparez le convoi. On déménage. — On déménage ? Maintenant ? Avec la flotte au-dessus de nous ? — C'est le meilleur moment. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ Ils ne tireront pas s'ils voient qu'on va vers Sètondji. Ils auront peur de toucher leurs otages potentiels. Nous allons utiliser le Nyame Dua comme bouclier humain. Elena le regarda avec un mélange d'horreur et d'admiration. — C'est... diabolique, Commandant. — Non, Capitaine. C'est de la stratégie. Volkov regarda sa main, où le sang ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌‌‌​​‌‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌‌​​​​‍​​‌‌​‌‌‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌‌​‌‌​ noir invisible pulsait toujours, lui promettant l'empire. — Je veux les utiliser comme bouclier pendant que je prépare l'épée. Préparez les transporteurs. On part dans l'heure. Ce soir, nous dînons avec les rois. Ou nous mourons avec eux.

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