Le Royaume de Cendre
I. Le Compte à Rebours du Silence
Sètondji Kouassi marchait dans les entrailles de sa bête blessée, et chaque pas résonnait comme un glas sur le treillis métallique givré. Le Nyame Dua ne chantait plus. Pendant six mois, ce vaisseau avait eu une respiration, une âme mécanique faite de vibrations subtiles : le ronronnement rassurant des turbines à fusion qui pulsaient comme un cœur arythmique, le sifflement constant de l'air recyclé dans les conduits qui imitait le vent dans les feuilles, le murmure liquide de l'eau circulant dans les parois hydropoiniques. C'était une symphonie de vie artificielle qui berçait ses nuits d'insomniaque. Il connaissait chaque grincement, chaque soupir de la coque. Maintenant, il n'y avait que le silence. Un silence froid, minéral, absolu. Un silence de tombeau. Il était brisé seulement par le craquement sinistre du métal qui se contractait sous l'effet du gel martien, -120°C dehors, et le goutte-à-goutte obsédant d'une fuite quelque part au niveau 4. Ploc. Ploc. Ploc. Comme le sang d'un animal égorgé qui se vide lentement.
Sètondji ajusta le col de sa veste thermique en Kevlar doublé de mylar. Il faisait froid. Dix degrés tout au plus dans les couloirs principaux, là où la chaleur résiduelle des réacteurs couplée à la respiration de six cent cinquante survivants maintenait une poche de vie. Dans les zones non essentielles, la température tombait déjà en dessous de zéro. La condensation de leurs propres souffles recouvrait les murs en titane de givre, formant des arabesques complexes, des fleurs de glace qui transformaient le vaisseau en une grotte de stalactites technologiques. Le rationnement énergétique "Protocole Oméga" était entré en vigueur il y a trois jours. Lumières tamisées. Chauffage coupé dans les dormatums le jour. Recyclage de l'eau réduit au strict minimum physiologique. Six cent cinquante âmes. Six cent cinquante bouches à nourrir. Six cent cinquante paires de poumons à remplir d'un oxygène qu'il fallait extraire, molécule par molécule, d'une atmosphère irrespirable composée à 95% de dioxyde de carbone. Et le système de support-vie, le cœur battant de la colonie, l'héritage d'AresCorp qu'il avait volé, tournait à peine à 60% de sa capacité.
Il passa devant l'infirmerie de fortune installée dans l'ancien gymnase multisport. Les paniers de basket pendaient tristement au-dessus d'une mer de lits de camp. Les marquages au sol, lignes blanches et rouges pour le volley, étaient maintenant couverts de taches sombres séchées. L'odeur le prit à la gorge. Un mélange écœurant d'antiseptique de synthèse bon marché, de sueur rance de corps non lavés depuis une semaine, d'urine, et de cette nouvelle odeur métallique, cuivrée, qui semblait imprégner tout le monde depuis l'atterrissage. L'odeur de Mars. La Poussière Rouge. Elle s'infiltrait partout. Dans les filtres, dans les vêtements, dans les pores de la peau, dans le goût des aliments. On la mangeait, on la respirait. On devenait la planète.
Des centaines de corps s'alignaient dans la pénombre bleutée des lampes UV, seule lumière autorisée pour stériliser l'air ambiant. Des bandés, des brûlés, des esprits brisés par la violence cinétique du crash. Certains gémissaient doucement, un chant de douleur continu qui formait le bruit de fond de la colonie. Sètondji s'arrêta devant le lit d'une jeune femme, une ingénieure structurelle nommée Elise. Il se souvenait de l'avoir recrutée à Lyon, dans un café près du Rhône. Elle avait des rêves de dômes de verre et de jardins suspendus. Aujourd'hui, elle avait perdu un bras lors de l'impact, écrasée par une poutrelle de soutènement qui avait cédé. Mais la plaie ne saignait pas. Sètondji se pencha, fasciné et horrifié. Une sorte d'écorce grise, rugueuse comme de la pierre ponce, avait recouvert le moignon. Ce n'était pas une infection bactérienne. C'était une cicatrisation... accélérée. Une calcification vivante. Les tissus ne pourrissaient pas ; ils se changeaient en pierre. Elle dormait, mais ses paupières tremblaient frénétiquement. Ses lèvres gercées bougeaient sans émettre de son, articulant des mots dans une langue qui n'existait pas. Elle rêvait. De quoi rêvaient-ils tous depuis le crash ? Sètondji le savait. Il faisait le même rêve chaque nuit, dès qu'il fermait les yeux plus de dix minutes. Une intrusion psychique violente. Il rêvait d'une forêt de verre qui chantait sous une lune brisée. Il rêvait de racines translucides qui perçaient ses poumons non pour le tuer, mais pour y planter des fleurs de cristal qui pulsaient au rythme d'un cœur planétaire. "Reviens," disait le rêve. "Reviens à la boue."
Il secoua la tête pour chasser l'image. Pas maintenant. Il devait rester lucide. Il était le Pilier de Ciment. Si le ciment se fissurait, l'édifice tombait.
— Monsieur Kouassi ? Sètondji sursauta violemment, sa main allant instinctivement vers le pistolet magnétique Sig-Sauer à sa ceinture. Le mouvement était trop brusque, trahissant ses nerfs à vif. Il détestait qu'on le surprenne. Il détestait se sentir vulnérable, vieux. C'était le Dr. Aris Thorne, le médecin-chef. Un homme bon, un Sud-Africain jovial qui avait passé sa vie dans les townships à faire des miracles avec rien. Maintenant, il était réduit à l'état de spectre. Ses yeux étaient cernés de violet, sa blouse autrefois blanche était une carte géographique de fluides corporels séchés. — Comment vont-ils, Aris ? demanda Sètondji, reprenant sa posture de commandeur, le dos droit, les mains croisées derrière le dos pour cacher leur tremblement. — Ils survivent, Sètondji. Pour l'instant. Mais... je n'ai plus de morphine. J'utilise des analgésiques de synthèse bas de gamme, des dérivés d'opiacés que nous avons synthétisés avec les algues, mais ça ne suffit plus pour les grands brûlés. Ils souffrent, Sètondji. Ils souffrent l'enfer. Thorne s'essuya le front avec une compresse sale. — Et les stocks de plasma sont critiques. Si nous avons une autre urgence massive... je devrai faire du tri. Je devrai choisir qui laisser partir. Sètondji hocha la tête. Il connaissait le poids de ce choix. Il le portait chaque heure. Thorne s'approcha, baissant la voix, regardant autour de lui comme si les murs de titane avaient des oreilles. — Il y a autre chose. Les blessures de ceux qui ont été exposés à l'air extérieur lors de la brèche du Secteur 9... elles guérissent trop vite. Beaucoup trop vite. Le métabolisme cellulaire tourne à 400% de la normale. Sètondji serra les dents. Il sentait une migraine pulser dans sa tempe droite, un marteau piqueur incessant. — C'est une bonne nouvelle, non ? Moins de ressources médicales utilisées. Moins de temps de convalescence. Nous avons besoin de bras pour les réparations. — Non ! Ce n'est pas une guérison humaine, Sètondji ! Regardez Elise. Ses cellules métabolisent la silice atmosphérique. Elles l'intègrent à son ADN. J'ai fait une biopsie ce matin. Son os n'est plus du calcium. C'est un composite carbone-silice. Plus dur que l'acier. Le médecin le saisit par le bras, un geste familier qu'il n'aurait jamais osé faire sur Terre. Ses doigts étaient froids, fébriles. — Sètondji, ils sont en train de se... minéraliser. Ils deviennent autre chose. Et je ne sais pas comment soigner des statues. Je suis médecin, pas géologue !
Sètondji se dégagea doucement mais fermement. Il lissa sa manche. — Notez tout, Aris. Chaque symptôme. Chaque mutation. Si c'est une adaptation à l'environnement martien, nous devons la comprendre. Si c'est une maladie... nous devons l'isoler. Créez une zone de quarantaine pour les cas les plus avancés. — Une zone de quarantaine ? Vous voulez dire une prison ? — Appelez ça comme vous voulez. Je veux qu'ils soient séparés des autres. La panique est plus contagieuse que n'importe quel virus. — Et si c'est le futur ? murmura Thorne, les yeux perdus dans le vague. Si c'est la seule façon de survivre ici ? Si nous sommes ceux qui sont obsolètes ? Sètondji ne répondit pas. Il tourna les talons et reprit sa marche, ses bottes claquant sur le sol métallique. Le futur, il l'avait vendu aux investisseurs comme un jardin d'Eden technologique, une Arche de Noé 2.0. Il n'avait pas prévu que le jardin voudrait manger les jardiniers. Il n'avait pas prévu que Noé deviendrait le Geôlier.
II. Le Cimetière des Étoiles
Avant de remonter au Conseil, Sètondji fit un détour. Il ne pouvait pas affronter les regards de Jaxx et Makena tout de suite. Il avait besoin de voir la vérité en face. Il se dirigea vers le Sas 4, à l'arrière du vaisseau, près des tuyères d'éjection. C'était devenu le "Cimetière". Il n'y avait pas de sol pour enterrer les morts sur Mars et pas assez d'énergie pour les incinérer. Le recyclage en biomasse avait été proposé par l'IA logistique, mais Sètondji l'avait interdit. Il restait une ligne morale qu'il refusait de franchir. On ne mangeait pas ses morts. Pas encore. Alors, on les donnait au vide. Il arriva devant le hublot blindé du sas. À l'intérieur, six sacs mortuaires blancs étaient alignés, prêts pour l'éjection. Sur chaque sac, un nom écrit au marqueur noir. David Okonjo. 34 ans. Ingénieur Système. Sarah Le Gall. 28 ans. Botaniste. Enfant Inconnu (Secteur 9). Estimé 5 ans. Sètondji posa sa main sur la vitre froide. C'était lui qui les avait tués. Pas directement. Mais c'était son rêve qui les avait tués. Sa vision. Son arrogance de croire qu'il pouvait défier AresCorp et Tundé. Il revit le visage de son fils, Tundé, lors de leur dernière confrontation à Lagos, dans la tour de verre d'AresCorp. "Tu te prends pour un Messie, Père. Mais tu n'es qu'un voleur. Tu voles mes ressources, tu voles mes employés, et tu voles l'espoir de ces gens. Tu vas les emmener mourir dans le désert rouge, juste pour prouver que tu existes encore." Tundé avait eu raison. Sur toute la ligne. Tundé, le pragmatique. Tundé, le financier. Tundé, qui avait compris que l'argent était la seule vraie religion de l'humanité. Sètondji avait voulu prouver que l'Esprit était plus fort que la Matière. Que l'Afrique pouvait bâtir les Pyramides de l'Espace. Résultat ? Un cimetière en orbite basse et un équipage qui se transformait en pierre.
— Tu viens leur dire au revoir ? ou tu viens vérifier qu'ils ne se relèvent pas ? La voix venait de derrière lui. Une voix jeune, cynique. C'était un technicien de maintenance, assis par terre contre un conduit, en train de fumer une cigarette électronique bricolée. Il avait une jambe prothétique mal ajustée. — Il est interdit de fumer ici, soldat, dit Sètondji par réflexe. Ça consomme de l'oxygène. Le technicien rit. Un rire sec, sans joie. — Je ne suis pas soldat, Gouverneur. J'étais bassiste dans un groupe de jazz à Kinshasa. J'ai signé pour voir les étoiles. J'ai vu surtout des tuyaux et des cadavres. Il tira une bouffée de vapeur bleue. — Mon frère est dans le troisième sac en partant de la gauche. Il est mort de froid quand le chauffage a lâché au niveau 6. Il a gelé dans son sommeil. Sètondji regarda le sac. — Je suis désolé. — Gardez vos excuses pour le procès, Gouverneur. — Quel procès ? Le technicien le regarda droit dans les yeux. — Celui qui aura lieu quand la flotte de votre fils arrivera. Tout le monde le sait, Gouverneur. Les rumeurs circulent plus vite que l'eau ici. Koffi a capté les signaux. La cavalerie arrive. Et ils ne viennent pas pour nous sauver, ils viennent pour nous racheter. Le jeune homme écrasa sa cigarette sur le sol immaculé. — Perso ? J'ai hâte. Je préfère être un esclave vivant d'AresCorp qu'un cadavre libre de Tadow. Il se leva et partit en boitant, laissant Sètondji seul face aux morts. La loyauté s'effritait. La peur la remplaçait. Tundé n'avait même pas besoin de tirer un coup de feu. Il lui suffisait d'attendre que le froid et la faim fassent le travail.
III. Le Conseil des Ombres
La salle de réunion du Conseil n'avait plus rien de la majesté du Boardroom. C'était une salle de stockage logistique débarrassée à la hâte, coincée entre deux générateurs auxiliaires qui faisaient vibrer le sol en permanence, un bourdonnement basse fréquence qui tapait sur les nerfs. L'éclairage provenait de deux lampes d'urgence jaune pâle, donnant à tous les visages un teint de cire, hépatique. Jaxx était là, assis sur une caisse de munitions marquées "Fragile - Explosifs". Il nettoyait son fusil d'assaut HK-416 modifié (canon allongé pour l'atmosphère fine) avec une minutie maniaque. Click. Clack. Schlick. Le bruit rythmait le silence pesant. C'était sa façon de méditer. Ou de menacer. Makena était debout devant un mur d'écrans holographiques fissurés, consultant des relevés atmosphériques. Son visage était fermé, durci, sculpté par la fatigue. Elle ne portait plus ses tenues colorées de la Terre, ses boubous chatoyants. Elle portait une combinaison de travail grise, tachée de terre rouge et de chlorophylle synthétique. Ses tresses étaient tirées en arrière, pratiques, guerrières. Mais la chaise d'Amara était vide. Toujours vide. Depuis le crash, Amara Diop, l'âme du projet, la mère de la colonie, était introuvable. Elle s'était enfermée dans le Noyau Central, là où le supercalculateur MAWUENA fusionnait avec les racines de l'Iboga.
— Où est-elle ? demanda Sètondji en s'asseyant en bout de table, sur la seule chaise à dossier encore intacte. Il posa ses mains à plat sur la table improvisée (une plaque de métal posée sur des bidons). Il voulait projeter de la force. — Dans le Noyau, répondit Makena sans lever les yeux de ses graphiques de pression osmotique. — Encore ? Ça fait trois jours, Makena ! Je suis le Gouverneur de cette colonie. J'exige un rapport de situation direct. Je veux voir ses diagnostics. — Tu es le Gouverneur d'un tas de ferraille, Sètondji, rétorqua Jaxx calmement, sans arrêter son nettoyage. Dehors, c'est son territoire. Sètondji frappa du poing sur la table. Le métal résonna lugubrement. — Dehors, c'est le chaos ! Nous avons besoin d'eau ! Les recycleurs ne suffisent plus. Le taux d'efficacité est tombé à 45%. À ce rythme, dans deux semaines, on boit notre propre urine non filtrée. Il se tourna vers Jaxx, cherchant un allié militaire. — Il faut lancer une expédition vers la nappe phréatique que les drones ont repérée dans le secteur Nord. C'est notre seule chance. — Impossible, dit Jaxx. — Pourquoi ? Tu as peur du froid ? Tu es devenu frileux, Jaxx ? Jaxx posa son fusil. Il leva lentement les yeux vers Sètondji. Ses yeux étaient rouges de fatigue, mais brillaient d'une colère froide. — Frileux ? J'ai perdu trois hommes hier en essayant de récupérer des panneaux solaires. Ce n'est pas le froid, Sètondji. — C'est quoi alors ? — C'est la zone de Volkov. Le nom tomba comme une pierre lourde dans une mare d'eau stagnante. Volkov. Le Loup d'AresCorp. L'homme qui les avait traqués à travers le système solaire, qui avait crashé son propre croiseur, le Nemesis, pour essayer de les aborder. — Il a établi un périmètre de sécurité de 50 kilomètres autour de son épave, expliqua Jaxx. Il a des drones snipers thermiques pilotés par IA. Mes éclaireurs se sont fait allumer à deux kilomètres. Il ne bluffe pas. — Volkov est un chien blessé, insista Sètondji, refusant d'accepter la réalité tactique. Il a perdu son vaisseau, son équipage est décimé. Il n'a pas les ressources pour tenir un siège. Il veut nous faire peur. — Il ne bluffe pas avec des balles de calibre 50, dit Jaxx en enclenchant son chargeur avec un bruit sec. Et il a quelque chose que nous n'avons pas. — Quoi ? — La discipline. Ses hommes sont des Spetsnaz, des mercenaires, des tueurs. Les nôtres sont des civils, des scientifiques, des artistes, des poètes ! Ils ont peur du noir, Sètondji. Volkov utilise la peur comme carburant. Nous, elle nous paralyse.
Un silence lourd tomba sur la pièce. Sètondji sentait son autorité lui glisser entre les doigts comme du sable fin. Ils ne le regardaient plus comme le Prophète visionnaire. Ils le regardaient comme un vieil homme têtu qui refusait d'admettre la défaite. Il devait reprendre le contrôle. Il devait leur donner un but, un ennemi commun plus grand que la soif.
— J'ai reçu un message, dit soudain une voix dans l'ombre. Koffi. Le hacker était resté silencieux, adossé au mur du fond, presque invisible. Ses implants oculaires brillaient d'un bleu électrique intense, seule source de lumière colorée dans la pièce. Il manipulait des flux de données dans l'air avec ses doigts gantés de capteurs. — De Volkov ? demanda Sètondji. — Non. De l'Espace. Koffi s'avança et d'un geste de la main, projeta une image 3D au centre de la table. Une trajectoire orbitale complexe, une courbe parabolique parfaite. Un point rouge clignotant qui approchait de Mars à une vitesse vertigineuse, utilisant l'assistance gravitationnelle de la Lune pour fronder vers eux. — Signature thermique massive, dit Koffi. Ce n'est pas un cargo de ravitaillement AresCorp standard. C'est un moteur de classe militaire. Fusion pulsée de nouvelle génération. Ça doit cracher des térawatts. — Combien de temps ? demanda Sètondji, sentant sa gorge se dessécher instantanément. — Trente jours avant l'insertion orbitale. Sètondji regarda le point rouge. Il le fixa jusqu'à ce qu'il brûle sa rétine. Il savait qui c'était. Il le sentait dans ses os, dans ses vieilles cicatrices, dans ce lien de sang maudit qu'il avait essayé de couper. — Tundé, murmura-t-il. Son fils. Son sang. Son échec. Son jugement. — Il ne vient pas seul, ajouta Koffi en déployant des sous-menus de données. J'ai déchiffré les codes transpondeurs. Regardez ça. Des pavillons apparurent à côté du point rouge, flottant virtuellement. Le drapeau tricolore français. Le drapeau bleu et jaune du Svalbard Trust. Le dragon rouge du Shenzhen Group. L'aigle noir d'AresCorp. — C'est une flotte de coalition, expliqua Koffi. L'ONU, l'Union Européenne, la Chine... Ils se sont tous mis d'accord pour venir. C'est une croisade internationale. — Ils viennent nous aider ? demanda naïvement Thorne qui venait d'entrer pour apporter des rapports de décès. Sètondji eut un rire amer, un son qui ressemblait à du verre brisé qu'on piétine. — Aider ? Non, Docteur. Tundé n'aide jamais. Tundé investit. Il se leva, dominant l'assemblée de toute sa hauteur. Il retrouva sa voix de tribun. — Ils ne viennent pas nous sauver. Ils viennent faire l'inventaire avant liquidation. Ils viennent récupérer leur investissement. Ils viennent pour les brevets, pour les échantillons... et pour nous mettre en cage. Ils vont transformer Tadow en colonie pénitentiaire ou en mine à ciel ouvert. Il se tourna vers Makena. — Prépare la serre. Cache les souches les plus précieuses. Enterre-les s'il le faut. Le Svalbard Trust tuerait pour récupérer tes hybrides. Il se tourna vers Jaxx. — Double les gardes. Si Volkov est un problème tactique, Tundé est une menace existentielle. Il se tourna vers la chaise vide d'Amara. — Et quelqu'un doit aller chercher cette foutue IA. Si nous voulons survivre à ce qui arrive, nous avons besoin de notre Oracle. Je vais la chercher moi-même.
— Tu ne peux pas entrer dans le Noyau, dit Makena. — Pourquoi ? C'est mon vaisseau ! J'ai payé chaque boulon ! — Parce que le Noyau n'est plus un lieu, Sètondji. C'est un état d'esprit. Et tu n'as pas la clé. Sètondji ignora l'avertissement. Il sortit en claquant la porte. Il allait trouver une solution. Il trouvait toujours une solution. C'était son job. Il était le Bâtisseur. Même s'il devait bâtir avec des cendres.
III. La Femme dans le Noir
Sètondji quitta la salle de conseil brusquement, laissant derrière lui les regards accusateurs. Il avait besoin d'air. Mais il n'y avait pas d'air. Juste ce mélange recyclé, fade, qui laissait un goût métallique, presque électrique, sur la langue. Il ne prit pas l'ascenseur vers ses quartiers de commandement au sommet du vaisseau. Il descendit. Vers les niveaux inférieurs. Vers les tripes du vaisseau. Le "Niveau Zéro". C'était là, dans la coque externe renforcée, que se trouvaient les grands réservoirs d'eau. Le sang du Nyame Dua. Il voulait vérifier les niveaux lui-même. Il ne faisait plus confiance aux capteurs numériques que Koffi pouvait manipuler d'un claquement de doigts, ni aux rapports optimistes de ses ingénieurs qui avaient trop peur du "Patron" pour lui dire la vérité.
Il marcha dans les passerelles de maintenance étroites, ses pas résonnant sur la grille métallique. Des câbles pendaient du plafond comme des lianes mortes. Ici, il n'y avait pas de chauffage. Sa respiration formait des nuages de vapeur blanche qui se dissolvaient instantanément. Il arriva devant la jauge manuelle du Réservoir Alpha. Un vieux cadran analogique à aiguille qu'il avait insisté pour installer "au cas où". L'aiguille tremblait sur le chiffre 32. 32%. La semaine dernière, c'était 40%. Il y avait une fuite. Ou un vol. Huit pour cent de l'eau de la colonie avait disparu dans le néant. C'était des milliers de litres. C'était assez pour tuer cent personnes par déshydratation. Sètondji sentit la rage monter, chaude et familière. Qui osait ? Qui volait la tribu ? Est-ce que quelqu'un avait ouvert un marché noir de l'eau ? Il posa la main sur la paroi froide du réservoir pour sentir les vibrations de la pompe, cherchant une irrégularité mécanique.
— Tu cherches ce qui n'existe plus, Sètondji. La voix venait de l'obscurité, derrière un enchevêtrement de tuyaux de condensation isolés par de la mousse jaune qui s'effritait. Une voix grave, chaude, granuleuse. Une voix qui portait un accent qu'il n'avait pas entendu depuis des décennies. Un accent des hauts plateaux d'Afrique de l'Est, roulant les 'r' comme des pierres dans un torrent. Sètondji sortit son pistolet avec une rapidité surprenante pour son âge. Adrénaline pure. — Qui est là ? Sortez ! Une silhouette émergea de l'ombre, lentement, sans peur. Une femme. Elle était grande, très grande même, drapée dans des couches de tissus hétéroclites : une combinaison de mécano usée, tachée de graisse, recouverte d'un châle traditionnel, un Netela éthiopien tissé de fils d'or qui captait la moindre lueur ambiante. Le contraste était saisissant : la technologie sale et la tradition royale. Elle s'appuyait sur un long bâton métallique télescopique, comme un sceptre. Mais ce furent ses yeux qui glacèrent le sang de Sètondji. Ils luisaient dans la pénombre. Pas comme des implants cybernétiques bleus ou rouges. Comme de l'or liquide, organique. Des yeux de lionne. — Tu ne me reconnais pas ? demanda-t-elle doucement. Sètondji plissa les yeux, gardant son arme braquée. Il fouilla dans sa mémoire, à travers les milliers de visages, de poignées de main, de contrats signés. Ce visage... Les pommettes hautes, aristocratiques. Le nez fin. Les fines scarifications géométriques sur les tempes, semblables à des constellations. Le souvenir remonta, violent. Une conférence à l'Union Africaine à Addis-Abeba, il y a vingt ans. Une étudiante brillante en astrophysique qui avait osé le contredire publiquement sur la "spiritualité du béton" et l'avait traité d'idolâtre technologique. — Zewdi ? Le nom sortit de sa bouche comme une toux. Il baissa son arme de quelques centimètres, stupéfait. — Impossible. Tu... Tu as disparu. Les services de renseignements éthiopiens ont dit que tu étais morte dans une émeute. — J'ai choisi de disparaître, Sètondji. Tout comme j'ai choisi d'apparaître maintenant. — Tu es clandestine ? Sur mon vaisseau ? Comment as-tu passé les scanners biométriques ? — Je suis Gardienne. Je suis là depuis le départ. J'ai dormi dans les murs de ton Arche pendant que tu jouais au Noé. J'ai mangé les miettes de ta table. J'ai respiré l'air que tu rejetais. Elle s'avança. Elle ne semblait pas avoir froid, malgré ses vêtements légers. — Pourquoi ? demanda Sètondji. Pourquoi te montrer maintenant ? — Parce que l'Eau change. Elle posa sa main fine, aux doigts couverts de bagues en cuivre gravées de symboles copte, sur la paroi du réservoir. À l'instant où sa peau toucha le métal, le réservoir réagit. Un bourdonnement grave, profond, résonna dans la structure. HMMMMM. Comme le chant d'une baleine, mais fait de métal et d'eau. La vibration remonta le long du bras de Sètondji, faisant trembler ses os. L'aiguille de la jauge cessa de trembler. Elle se stabilisa. — L'eau ne fuit pas, dit Zewdi. Elle ne s'évapore pas. Elle change d'état. Elle répond à l'appel d'en bas. Elle se structure. — De quoi parles-tu ? L'eau c'est H2O ! Elle ne "répond" à personne ! Tu es folle ? Zewdi sourit. Un sourire triste, plein de pitié ancienne. — Tu as construit ce vaisseau avec de l'argent et du béton, Sètondji. Tu as engagé les meilleurs ingénieurs du MIT, les meilleurs pilotes de chasse. Mais tu as oublié l'essentiel. Elle frappa doucement le sol avec son bâton. Clang. Le son se propagea loin, trop loin. — Tu as oublié de demander la permission à la Terre Rouge. — C'est une planète morte ! Il n'y a personne à qui demander permission ! C'est un caillou stérile ! — Si, dit Zewdi. Ils sont là. Les anciens propriétaires. Les Nommos. Les esprits de l'eau fossile. Ceux qui nageaient ici quand Mars était bleue, il y a un milliard d'années. Amara les entend chanter. Elle est en train de devenir l'une d'eux. Sètondji recula d'un pas. Il sentait la peur monter. Pas la peur physique de mourir. La peur existentielle de voir son monde rationnel s'effondrer. Il était un homme de science, un homme de chiffres. Ce que disait cette femme était une hérésie. — Amara est malade, cracha-t-il. Elle fait une psychose d'adaptation traumatique. Elle a fusionné avec l'Iboga et son cerveau a grillé. Elle a besoin de soins psychiatriques, pas de tes superstitions de brousse ! Zewdi secoua la tête. Ses tresses tintèrent doucement. — Ton fils arrive avec ses canons, Sètondji. Ton ancien rival, le Russe, t'attend dans le désert avec ses couteaux. Et toi, tu es là, à compter les litres d'eau comme un épicier qui a peur de la faillite. Elle s'approcha de lui, tout près. Il sentit une odeur complexe sur elle : pas la sueur rance des autres. Elle sentait l'encens, l'ozone et la terre mouillée après la pluie. Une odeur impossible ici. — Tu as besoin de moi, Sètondji. — J'ai besoin de soldats et d'ingénieurs. Pas d'une sorcière éthiopienne. — Tu as besoin de comprendre le Code. Le vrai Code. Pas celui de Koffi fait de zéros et de uns. Celui qui relie la silice à la chair. Celui qui permet de respirer la poussière. Sinon, cette planète va vous digérer tous. Tu crois être le Roi ? Elle désigna les tuyaux rouillés, le givre qui gagnait du terrain. — Regarde autour de toi. C'est un tombeau. Je peux en faire un berceau. — Je suis le Roi ici ! hurla Sètondji, sa voix se brisant sur la dernière syllabe, résonnant pathétiquement dans le vide. — Non, dit Zewdi doucement. Tu es le Jardinier. Et l'Hiver arrive.
Soudain, elle leva la tête, ses narines frémissant. — Ça commence, dit-elle. — Quoi ? — Le Feu. Le sacrifice d'Isaac. Avant que Sètondji puisse demander ce qu'elle voulait dire, son comlink hurla.
IV. Le Sacrifice d'Isaac
L'interphone de Sètondji grésilla violemment, coupant la tension mystique. — Gouverneur ! Secteur 7 ! Alerte Rouge ! Incendie majeur ! La voix de Jaxx. Paniquée. C'était la première fois que Sètondji entendait Jaxx, le mercenaire de glace, paniquer. Sètondji regarda Zewdi une dernière fois. Elle ne bougea pas. Elle attendait. Elle savait. — On n'a pas fini, dit-il. Il courut vers l'échelle, ses genoux arthritiques protestant à chaque barreau, son cœur battant la chamade.
Le Secteur 7. Le couloir d'accès au Secteur 7 était rempli d'une fumée épaisse, acre, noire. Du plastique et de l'isolant brûlé. Le Secteur 7 n'était pas un entrepôt. C'était le quartier résidentiel des familles. Là où se trouvaient les enfants nés pendant le voyage ou juste avant le départ. L'avenir de la colonie. Quand Sètondji arriva au niveau du sas, la scène était un cauchemar. Les gicleurs automatiques ne s'étaient pas déclenchés. Manque d'eau. Ou sabotage. Jaxx et trois de ses hommes, torse nu, couverts de suie, essayaient de forcer une porte blindée avec des barres à mine et un vérin hydraulique manuel. Derrière l'acier épais, on entendait des cris. Des cris étouffés. Des toux. Des pleurs d'enfants. Et des coups contre la paroi. BOUM. BOUM. BOUM. — Le système est verrouillé ! hurla Jaxx en voyant Sètondji. Surchauffe du circuit hydraulique ! La porte est soudée par la sécurité ! — Koffi ! Ouvre cette porte ! ordonna Sètondji dans son comlink, hurlant pour couvrir le bruit de l'alarme. La voix de Koffi lui parvint, hachée par les interférences statiques. — Je ne peux pas ! C'est... le code change tout seul. C'est comme si le vaisseau refusait d'ouvrir. Il isole la menace. — Il n'y a pas de menace ! Ce sont des enfants ! C'est la famille Mbiya ! C'est les petits de Sarah ! — Les capteurs détectent une contagion biologique inconnue dans le Secteur 7 couplée à l'incendie. Le protocole de quarantaine absolue s'est activé. Je ne peux pas le contourner sans rebooter tout le vaisseau ! — Reboot ! Fais-le ! — Ça coupera le support-vie de l'Hôpital pendant dix minutes.
Sètondji se figea. Il regarda la console manuelle à côté de la porte. Il y avait une vanne de dérivation d'oxygène d'urgence. Une grosse roue rouge. S'il l'ouvrait, il pouvait créer un appel d'air. Cela risquait d'alimenter le feu, oui, mais cela donnerait de l'air frais aux survivants, le temps que Jaxx défonce la porte. Mais il y avait un coût. Le circuit d'oxygène était partagé avec le Secteur 8 voisin. Le Secteur 8. L'Hôpital. Les Soins Intensifs. Là où se trouvaient les 200 blessés critiques du crash. Là où se trouvaient Thorne et les meilleurs ingénieurs de la maintenance, blessés lors de la réparation du réacteur hier. Si Koffi rebootait, l'hôpital mourait. Si Sètondji ouvrait la vanne, il vidait la réserve de l'hôpital pour alimenter un incendie. C'était le Calcul Froid. Le Dilemme du Tramway version martienne. Sauver 40 enfants et parents ici, avec un risque d'échec élevé (ils pouvaient déjà être morts). Ou condamner le Secteur 7 pour garantir la survie des 200 patients et médecins du Secteur 8. Si les médecins et les ingénieurs mouraient, toute la colonie mourait à petit feu dans les semaines à venir. Personne pour réparer les filtres. Personne pour soigner la peste de silice. Si les enfants mouraient... l'âme de la colonie mourait. L'espoir mourait.
— Sètondji ! Fais quelque chose ! Ouvre la vanne ! hurla Jaxx, les yeux rougis par la fumée et les larmes, ses muscles tétanisés par l'effort. Sètondji s'approcha. Il posa sa main sur la roue rouge. Le métal était brûlant. Il sentit sa peau cloquer. Il pouvait entendre une voix de l'autre côté. Une voix d'enfant. "Maman ? Il fait chaud..." Sètondji ferma les yeux. Il revit le visage d'Adjoa, sa femme, sur son lit de mort à Lagos. Elle le suppliait de rester pour ses derniers instants. Il était parti pour signer le contrat d'achat des moteurs du Nyame Dua. "Tu es un monstre," lui avait dit Tundé ce jour-là, en lui crachant au visage. "Non," avait répondu Sètondji. "Je suis un bâtisseur. Et un bâtisseur doit savoir quoi sacrifier pour que la tour tienne debout." Il rouvrit les yeux. Il regarda Jaxx. Il regarda la porte qui vibrait sous les coups désespérés. Il lâcha la roue. Il recula d'un pas. — On ne l'ouvre pas, dit-il. Jaxx se figea. — Quoi ? — On n'ouvre pas la vanne. On isole le Secteur 7. On redirige tout l'oxygène restant vers l'hôpital pour empêcher la propagation des fumées toxiques par la ventilation commune. — Tu vas les laisser crever ? Jaxx lâcha sa barre à mine. Elle tomba avec un bruit mat. Sètondji, ce sont des gosses ! C'est la petite Nala ! — Et l'hôpital, ce sont nos ingénieurs ! Si on perd Thorne et son équipe, on est tous morts dans trois jours ! C'est le choix logique ! C'est le choix du Roi ! — Au diable ta logique ! Au diable ton Royaume ! Jaxx urla de rage et se jeta sur la roue rouge. CLAC. Sètondji sortit son pistolet. Il tira une balle dans le sol, à deux centimètres du pied de Jaxx. L'étincelle éclaira brièvement la fumée. — Recule, Jaxx. C'est un ordre. Jaxx se figea. Il regarda le trou d'impact fumant. Il regarda les yeux de Sètondji. Il n'y vit pas de colère. Il n'y vit pas de peur. Il y vit le vide. Un vide blanc, parfait, terrifiant. Le vide de quelqu'un qui a déjà tué tout ce qui était humain en lui. Lentement, Jaxx recula, les mains en l'air, tremblant de rage et d'impuissance. — Tu es maudit, Sètondji. Tu es maudit. Sètondji ne répondit pas. Il se tourna vers la console murale. Il tapa le code de verrouillage final. Son code personnel. <SECTEUR 7 : ISOLÉ. PURGE ATMOSPHÉRIQUE NON ACTIVÉE. CONFINEMENT TOTAL.> Les gicleurs du couloir s'activèrent enfin, lavant la suie, mais la porte resta fermée. Les cris derrière la porte diminuèrent. Puis devinrent des murmures. Puis des grattements. Puis le silence. Un silence absolu, lourd, qui pesait plus lourd que toute la planète Mars. Jaxx s'effondra contre le mur, la tête dans les mains, pleurant sans bruit. Son corps de guerrier secoué de spasmes. Sètondji resta debout, le pistolet toujours à la main, l'eau sale des gicleurs ruisselant sur son visage comme de fausses larmes. Il ne se sentait plus humain. Il avait senti quelque chose se briser en lui au moment où il avait tapé le dernier chiffre du code. Pas son cœur. Son cœur était déjà mort depuis longtemps. C'était son âme. Il était devenu du béton. Dur. Froid. Immortel, mais mort.
Il se retourna lentement. Au fond du couloir enfumé, une silhouette se tenait là, floue derrière le rideau d'eau. Zewdi. Elle n'avait pas bougé des niveaux inférieurs. Elle avait suivi. Ou elle s'était téléportée. Elle avait tout vu. Elle ne le jugeait pas. Elle ne pleurait pas. Elle le regardait avec une insondable tristesse, comme une mère regarde un enfant qui vient de casser son jouet préféré. Elle leva doucement son bâton et frappa le sol une fois. BOUM. Le son résonna comme la fermeture définitive d'un cercueil. Le Royaume de Cendre avait son Roi. Et son trône était fait d'ossements d'enfants.
V. Le Poids de la Couronne
Sètondji remonta vers le niveau de commandement. Il ne prit pas l'ascenseur. Il monta les douze étages à pied, marche après marche, forçant ses vieux muscles à brûler l'acide lactique, comme une pénitence. À chaque palier, il laissait derrière lui une couche de son humanité. Au niveau 4, il laissa son empathie pour les blessés. Au niveau 6, il laissa ses doutes sur la légitimité de sa mission. Au niveau 9, il laissa le souvenir des cris des enfants du Secteur 7. Quand il arriva au sommet, dans le CIC (Centre d'Information de Combat) improvisé, il ne restait plus que la Fonction. Il n'était plus un homme. Il était le Gouverneur.
Koffi, Jaxx et Makena étaient là. Le silence tomba quand il entra. Ils savaient. Les capteurs avaient enregistré la chute de pression dans le Secteur 7. Ils avaient vu les courbes de vie s'aplatir. Jaxx ne le regarda pas. Il fixait le sol, les poings serrés. Koffi le regarda avec une curiosité clinique, ses implants enregistrant probablement chaque micro-expression. Makena, elle, avait des larmes qui coulaient silencieusement sur ses joues poussiéreuses. — C'est fait ? demanda-t-elle. — L'hôpital est sécurisé, répondit Sètondji. Les ingénieurs sont saufs. La maintenance du support-vie est garantie pour 48 heures supplémentaires. — Tu as tué quarante-deux personnes, Sètondji, dit Makena. Dont douze enfants. — J'ai sauvé la colonie, corrigea-t-il froidement. Il s'avança vers la table holographique où le point rouge de la flotte de coalition continuait son approche inexorable. Il pointa le doigt vers l'icône du Shangô, le vaisseau amiral de Tundé. — Ils arrivent, dit-il. Ils pensent trouver des victimes. Ils pensent trouver des sauvages à genoux, affamés, prêts à vendre leur âme pour une barre protéinée et un litre d'eau. Il se tourna vers ses lieutenants. — Ils se trompent. Il regarda Jaxx. — Jaxx, sèche tes larmes. Je veux que tu mines le périmètre d'atterrissage. Si Volkov approche, tu tires. Si Tundé approche sans autorisation, tu tires. Il regarda Makena. — Tes plantes mutantes... Zewdi dit qu'elles répondent au son. Trouve comment les utiliser comme armes. Je veux que cette serre devienne une jungle carnivore pour quiconque essaie de la piller. Il regarda Koffi. — Koffi. Prépare un comité d'accueil numérique. Je veux que Tundé sache que son père n'est pas mort. Je veux qu'il sache que le Roi est sur son trône. Sètondji posa ses deux mains sur la table, ses yeux brûlant d'une flamme nouvelle, sombre et froide. — Nous avons payé le prix du sang ce soir. Le Secteur 7 a payé pour notre survie. Si nous échouons maintenant, leur mort n'aura servi à rien. Nous n'avons plus le droit d'être faibles. Il regarda l'espace noir au-dessus d'eux. — Bienvenue en Enfer, mon fils. Essaie un peu de me prendre ma couronne.
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