TADOW
Chapitre 16

La Chute du Roi

N'Djamena (Sous-sol) & Orbite Martienne · 1er Mai 2061 · POV Sètondji & Tundé

I. Le Marteau de Dieu (Tundé)

Tundé Adebayo flottait en apesanteur au centre de la passerelle de commandement du Nyame Dua.

Il n'avait plus besoin de chaise. Des filaments de mycélium sortaient de son dos et se connectaient directement au plafond, le maintenant suspendu comme une araignée dans sa toile. C'était ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ confortable. Il ne sentait plus le poids de son corps, ni la douleur de son humanité.

Il regardait Mars.

La planète rouge était marbrée de vert. Les tâches de lichen semées par les capsules de survie s'étendaient. Amara avait bien travaillé.

Mais il restait un kyste. Une tumeur résistante sous la croûte.

— La ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Foreuse est prête, ma Reine, dit-il.

Amara n'était pas physiquement présente. Elle était partout. Dans les murs, dans l'air, dans sa tête.

— Lance-la, répondit la voix soyeuse. Ouvre la noix. Je veux manger ce qu'il y a dedans.

Tundé porta son attention vers le Silo 1. C'était là que se trouvait le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ module de terraformation lourde. Un cylindre de titane de cinquante tonnes, conçu à l'origine pour percer les calottes glaciaires.

Amara l'avait modifié. Elle l'avait rempli d'enzymes digestives concentrées (un acide gastrique planétaire) et de "Guerriers-Racines" en stase.

Ce n'était plus une machine. C'était un obus viral.

Tundé caressa les commandes virtuelles. Ses doigts ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ laissaient des traînées de lumière dorée sur les écrans.

Il se sentait puissant. Il se rappelait l'époque où il n'était qu'un milliardaire inquiet, finançant ce vaisseau pour fuir une Terre mourante. Il avait cru que l'argent était le pouvoir.

Quelle blague.

Le vrai pouvoir, c'était la Biologie. Le vrai pouvoir, c'était de pouvoir ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ dire à une planète : "Change".

— Trajectoire calculée, murmura-t-il. Impact dans 12 minutes.

Il y avait une beauté mathématique dans la destruction. Il visait une faille tectonique précise, juste au-dessus de la cité souterraine que l'écho-radar avait détectée.

— Dis adieu à tes amis, Tundé, chuchota une petite voix au fond de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ son crâne. (C'était sa conscience, ce qu'il en restait. Une petite chose ratatinée et effrayée).

— Je n'ai pas d'amis, répondit Tundé à voix haute. J'ai des sujets. Et les sujets désobéissants doivent être punis.

Il activa le lancement.

Le Nyame Dua trembla.

Le cylindre fut éjecté. Il traversa le bouclier énergétique et plongea ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ vers l'atmosphère.

Il devint une étoile filante. Une lance de feu pointée vers le cœur de Sètondji.

Tundé sourit.

— Échec et mat, Commandant.


II. Le Conseil des Ombres (Sètondji)

Sous terre, Sètondji ressentit le tremblement avant de l'entendre.

C'était une vibration subtile dans la roche, comme si la montagne frissonnait. Une note grave, tellurique, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ qui remontait par la plante de ses pieds jusqu'à sa colonne vertébrale brisée.

Il était dans la Salle du Conseil de N'Djamena. L'endroit était majestueux et oppressant. Les murs n'étaient pas bâtis, mais chantés : la roche avait été liquéfiée par résonance sonique pour former des voûtes parfaites, lisses comme du ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ verre noir.

Une table ronde en obsidienne massive dominait le centre de la pièce. Autour de lui, une assemblée hétéroclite qui représentait le dernier espoir de l'espèce.

Il y avait Kane, le chef de guerre des Gris. Grand, presque deux mètres quarante, ses membres fins cachaient une musculature dense comme du câble ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ d'acier. Sa peau grise absorbait la lumière, et ses grands yeux noirs, sans pupilles, ne cillaient jamais. Il portait une armure chitineuse faite de carapaces d'insectes géants.

Il y avait Nora, la doyenne. Humaine, ou ce qu'il en restait. 138 ans d'âge, une relique vivante de la Terre d'avant. Elle était ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ aveugle, mais ses doigts couraient sur une tablette de pierre gravée, lisant les vibrations de la cité.

Il y avait Jaxx, qui représentait la force brute des survivants du crash. Il nettoyait ses ongles avec un couteau de combat, une habitude nerveuse qu'il avait prise depuis l'infection. Il semblait mal à ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ l'aise, enfermé sous terre, loin du ciel.

Et il y avait Nyla, l'intello, dont les yeux cernés trahissaient des nuits sans sommeil à essayer de comprendre la technologie martienne.

— Elle a tiré, dit Kane.

Sa voix synthétique, produite par un traducteur vocal collé à son larynx (les Gris avaient perdu leurs cordes ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ vocales humaines au profit d'organes d'écholocation), était calme, dénuée de peur. Pour les Martiens, la catastrophe n'était pas un événement. C'était un climat.

— Tiré quoi ? demanda Jaxx en levant la tête. Un missile ? Une ogive ?

— Un pénétrateur cinétique, intervint Nyla en consultant sa tablette reliée aux capteurs ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ sismiques. Masse estimée : 50 tonnes. Vitesse d'entrée : Mach 25. Trajectoire balistique pure.

Elle leva un visage blême vers Sètondji.

— Ça va nous tomber dessus dans huit minutes. L'angle d'attaque est optimisé pour la pénétration profonde. Ça va traverser les deux kilomètres de roche comme une aiguille chaude dans du ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ beurre.

Sètondji se leva. Ses côtes le faisaient souffrir le martyre, mais la douleur était une vieille amie maintenant. Elle le gardait lucide.

— Options ? demanda-t-il, sa voix résonnant dans la salle acoustique.

Jaxx se leva aussi, rangeant son couteau d'un geste sec.

— On ne peut pas arrêter un truc pareil avec ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ des fusils. On évacue. On prend les tunnels de service et on sort par les cheminées nord.

— Impossible, coupa Nora de sa voix chevrotante mais autoritaire. N'Djamena abrite six cent cinquante âmes. Des enfants, des vieillards, les cuves de champignons, les réserves d'eau. Il n'y a pas assez de tunnels ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ pour tout le monde en huit minutes. Et dehors, il fait -80 degrés. Ce serait une marche de la mort.

— Alors on reste et on meurt ? cracha Jaxx. C'est ça le plan ? Attendre que le ciel nous tombe sur la tête ?

— Non, dit Kane. On ne fuit ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ pas la pierre. On l'utilise. On dévie.

Il posa sa longue main grise à six doigts sur la table. Une carte holographique de la montagne, projetée par des cristaux lumineux, apparut.

— La roche est vivante, dit Kane. Nous pouvons la chanter.

— La chanter ? répéta Sètondji, sceptique. On ne va pas ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ arrêter 50 tonnes de titane avec une berceuse, Kane.

— Résonance harmonique, traduisit Nyla, ses yeux s'illuminant soudain. Ils utilisent des amplificateurs soniques pour modifier la densité moléculaire de la pierre au niveau atomique. Ils peuvent la rendre liquide... ou plus dure que le diamant industriel.

Kane hocha la tête.

— Si nous ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ chantons tous ensemble... si toute la Cité unit sa voix... nous pouvons créer un "Miroir". Une lentille acoustique de roche hyper-dense, juste au-dessus du point d'impact calculé.

— Et ça ferait quoi ? demanda Jaxx.

— Le pénétrateur rebondira. Ou s'écrasera. L'énergie cinétique sera renvoyée vers la surface.

— Et si ça rate ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ ? insista Jaxx.

Kane le regarda fixement.

— Alors nous serons de la poussière unie à la pierre. Une belle fin.

Sètondji regarda Kane. Il vit dans ses yeux noirs non pas du fanatisme, mais une détermination millénaire. Une acceptation du destin qui manquait aux Terriens.

— Faites chanter votre peuple, Kane, ordonna Sètondji. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Jaxx, prépare tes hommes. Même si le toit tient, l'impact va secouer la ville comme un prunier. Et Amara n'envoie jamais de cadeaux vides. Si le cylindre s'ouvre, je veux que tes gars soient là pour recevoir ce qui en sortira.

— À vos ordres, dit Jaxx avec un sourire sombre. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ On va leur faire un comité d'accueil.

L'alarme retentit dans la cité. Pas une sirène stridente comme sur le Nyame Dua, mais un son grave, profond, comme un cor de brume soufflé par la terre elle-même.

Sètondji sortit sur le balcon du Conseil qui surplombait la caverne principale.

Il vit la ville s'animer.

Ce ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ n'était pas la panique désordonnée des humains. C'était une chorégraphie fluide. Une intelligence d'essaim.

Des milliers de Gris sortaient de leurs maisons troglodytes. Ils descendaient les rampes en spirale, convergeant vers la Grand-Place, autour du Lac Noir.

Ils se tenaient la main, formant des cercles concentriques.

Et ils commencèrent à émettre un son.

Ce ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ n'était pas un chant mélodieux. C'était un bourdonnement. Un "Hum" guttural, une vibration basse fréquence qui faisait vibrer les dents de Sètondji et résonnait dans sa poitrine.

HMMMMMMMMMMMM...

Le son monta, amplifié par l'acoustique parfaite de la caverne. Les cristaux au plafond, sensibles aux vibrations, se mirent à briller plus fort, passant ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ du bleu pâle au violet intense.

Sètondji sentit l'air s'électriser. Ses cheveux se dressèrent sur sa tête.

C'était incroyable. Une civilisation entière qui s'unissait pour devenir un bouclier planétaire.

— C'est beau, murmura Nyla à côté de lui, les larmes aux yeux. C'est la plus belle chose que j'aie jamais vue.

— Espérons que ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ ce soit assez solide, dit Sètondji, pragmatique.

Il regarda le plafond de pierre. Il imagina le monstre de métal qui fonçait sur eux à 25 000 km/h, une épée de Damoclès forgée par la haine d'Amara.

— Viens, Tundé, pensa-t-il. Viens te casser les dents sur notre unité.


III. Le Choc (Jaxx)

Jaxx ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ était dans les tranchées supérieures, creusées à la hâte dans les tunnels d'accès, juste sous la zone d'impact prévue.

Il sentait la roche vibrer sous ses bottes. Le "Chant" des Gris était si puissant ici qu'il lui donnait la nausée. C'était comme être à l'intérieur d'un caisson de basses géant.

Ses hommes, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ un mélange de survivants du crash et de miliciens miniers, étaient terrifiés. Ils serraient leurs armes, regardant le plafond avec des yeux écarquillés.

— Ils sont dingues, cria Paul pour couvrir le bruit, ses mains plaquées sur son casque. Ils vont faire effondrer la montagne sur nous avec leurs vibrations !

— ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Tais-toi et vise le plafond ! hurla Jaxx, ajustant la sangle de son fusil. Si ça traverse, on tire sur tout ce qui bouge !

Le chrono sur sa visière tournait. Rouge sang.

10 secondes avant l'impact.

Jaxx serra son fusil sonique. Il se sentait minuscule. Fourmi contre Botte.

5... 4... 3...

Le monde devint ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ blanc.

CRAAAAACK.

Le bruit fut indescriptible. Ce n'était pas un son, c'était une douleur physique. Les tympans de Jaxx claquèrent. Il sentit ses os grincer.

Comme si la planète entière se déchirait en deux.

Le plafond du tunnel principal, cent mètres au-dessus d'eux, devint instantanément rougeoyant. La roche ne fondait pas, elle se sublimait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ sous la friction.

Le pénétrateur arriva.

Il percuta le "Miroir" sonique créé par les Gris.

Il y eut un arrêt sur image. Une milliseconde surréaliste où la force inarrêtable rencontra l'objet inamovible. Jaxx crut voir des ondes de choc visibles se propager dans la pierre comme des rides sur l'eau.

L'onde de choc balaya ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Jaxx et ses hommes. Ils furent soulevés de terre et plaqués contre les parois du tunnel.

Puis, le miracle (ou la physique quantique des Gris) opéra.

Le pénétrateur ne traversa pas. Il se déforma. Il s'écrasa comme une canette de soda vide contre un mur de béton. Le titane se plia, se ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ déchira.

L'énergie cinétique, n'ayant nulle part où aller vers le bas, fut renvoyée vers le haut. Une explosion colossale souffla le sommet de la montagne à l'extérieur, vaporisant des millions de tonnes de roche martienne dans l'atmosphère.

Mais à l'intérieur... le cylindre était là. Encastré dans le plafond de la caverne comme ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ une dent cariée. Fumé. Tordu. Brûlant.

Mais pas détruit.

Le "Chant" s'arrêta brusquement. Un silence de mort tomba, seulement troublé par le crépitement de la roche en fusion qui tombait goutte à goutte.

Ploc. Ploc. Pschitt.

Des fissures apparurent sur la coque noircie du cylindre.

— Ça bouge ! cria Paul, pointant son arme.

De la ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ fumée verte, chimique et lourde, commença à s'échapper des fissures.

Et avec elle, des choses.

Elles tombaient du plafond par grappes, utilisant des filins de soie synthétique. Des créatures arachnides faites d'os blanc et de métal noir. Des "Faucheurs".

Elles atterrirent sur le sol de la caverne avec une souplesse féline, dépliant leurs ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ membres tranchants.

Elles n'avaient pas de visage. Juste une lumière rouge unique, cyclopéenne, qui scannait la zone.

Jaxx se releva, crachant de la poussière et du sang.

— POUR N'DJAMENA ! hurla-t-il.

Il tira. L'onde sonique de son fusil frappa le premier Faucheur, faisant éclater sa carapace chitineuse.

La bataille souterraine commençait. Et elle allait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ être sale.


IV. La Marée Verte (Kane & Sètondji)

Sètondji, depuis le balcon, vit l'invasion.

C'était cauchemardesque. Les Faucheurs étaient rapides. Trop rapides. Ils coupaient à travers les rangs des Gris désarmés (épuisés par le Chant).

C'était un massacre.

— Ils n'ont pas d'armes ! cria Sètondji. Kane ! Tes guerriers !

Kane était déjà ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ en mouvement. Il sauta du balcon (une chute de 20 mètres) et atterrit au milieu de la mêlée.

Il tenait deux lames d'obsidienne qui vibraient à haute fréquence.

Il devint un tourbillon. Il découpait les membres des Faucheurs avec une précision chirurgicale.

Les guerriers Gris (la "Garde de Pierre") le rejoignirent, formant un ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ mur de boucliers autour des civils.

Mais les Faucheurs n'étaient que l'avant-garde.

Du cylindre éventré, quelque chose d'autre sortait.

Un liquide épais, visqueux, qui coulait le long des stalactites.

Là où le liquide touchait la roche, des plantes poussaient instantanément. Des lianes rouges, épineuses, qui s'étendaient comme des veines.

— Elle terraforme la grotte ! ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ réalisa Nyla. Elle veut nous étouffer !

Sètondji vit les lianes attraper des fuyards. Elles les enveloppaient, les digéraient, et utilisaient leur biomasse pour faire pousser des fleurs explosives.

— Il faut brûler ça ! dit Sètondji.

Il prit une radio.

— Jaxx ! Oublie les bestioles ! Vise le cylindre ! Il faut ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ détruire la source !

— Avec quoi ? répondit la voix hachée de Jaxx. Nos armes soniques ne font rien au métal !

— Utilise les explosifs de minage !

— Je n'ai plus de C4 ! Tout a été utilisé pour l'éboulement !

Sètondji regarda autour de lui. Il cherchait une solution.

Son regard ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ tomba sur le Lac Noir.

L'eau.

Les Gris vivaient grâce à cette eau. Mais pour Amara... l'eau était un vecteur.

Si les lianes atteignaient le lac, elles contamineraient toute la nappe phréatique. Amara contrôlerait le sang de la planète.

— Nyla, dit Sètondji. Les générateurs de la ville. Ils sont nucléaires ?

— Ce sont ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ des RTG (Générateurs à Radio-isotopes), oui. Pourquoi ?

— On peut les surcharger ?

Nyla le regarda avec horreur.

— Tu veux faire une IEM (Impulsion Électromagnétique) ? Ça tuerait toute l'électronique de la ville ! Les recycleurs, les lumières, les armes soniques !

— Ça tuerait aussi les implants de contrôle des Faucheurs, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ dit Sètondji. Amara les contrôle à distance. Si on coupe le lien, ils deviennent des bêtes sauvages. Plus faciles à tuer.

— Et nous ? On sera dans le noir complet.

— Les Gris voient dans le noir. Nous non. C'est leur terrain.

C'était un pari risqué. Plonger la ville dans les ténèbres ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ pour donner l'avantage aux alliés.

— Fais-le, ordonna Sètondji.

Nyla hésita.

— Sètondji... si on coupe le jus, les champs de force qui retiennent la pression atmosphérique vont lâcher aussi sur les niveaux supérieurs.

— Fais-le !

Nyla tapa la commande sur sa tablette.

— Pardonnez-nous, murmura-t-elle.

BLACKOUT.

Toutes les lumières de N'Djamena s'éteignirent d'un coup.

Le bruit des ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ armes soniques s'arrêta.

Le silence total. L'obscurité absolue.

Puis, dans le noir, des milliers de paires d'yeux s'ouvrirent. Les yeux des Gris, habitués aux abysses.

Et le massacre changea de camp.


V. Les Voix dans la Tête (Zewdi)

Zewdi était dans l'infirmerie, protégeant Makena et Tao.

Quand la lumière s'était éteinte, elle avait allumé une ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ torche chimique rouge.

— Ne bougez pas, dit-elle.

Dehors, on entendait des cris. Des bruits de chair déchirée. Les Gris chassaient les Faucheurs aveugles.

Mais le danger n'était pas seulement physique.

Makena se tint la tête.

— Elle est là... elle crie...

Amara, furieuse d'avoir perdu le contrôle de ses drones, lançait une attaque psychique massive.

Zewdi ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ sentit la pression. Comme un étau sur ses tempes.

— Donnez-moi mon frère... Donnez-moi mon frère...

C'était une litanie. Une vague de haine pure.

Zewdi vit des infirmiers Gris tomber à genoux, saignant du nez. Leurs esprits, plus ouverts, étaient plus vulnérables.

— Elle va les tuer cérébralement, dit Zewdi.

Elle regarda Tao. Le bébé ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ était calme. Trop calme. Il flottait à quelques centimètres au-dessus de son berceau. Une aura dorée l'entourait.

— Il faut qu'il réponde, dit Makena.

— Quoi ? Il est un bébé !

— Non. Il est le Contre-Poids. Amara est le Yang. Il est le Yin. Il doit équilibrer.

Makena prit l'enfant dans ses ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ bras. Elle se leva, chancelante.

— Je vais l'emmener au Temple, dit-elle. Là où le Chant est le plus fort.

— Je viens avec toi, dit Zewdi, sortant sa machette.

Elles sortirent dans les couloirs sombres.

C'était l'enfer.

À la lueur rouge de la torche, Zewdi voyait des scènes d'horreur. Des Faucheurs désorientés frappaient au ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ hasard. Des Gris les poignardaient avec des lances.

Un Faucheur surgit devant elles.

Zewdi réagit à l'instinct. Elle trancha une jambe, puis la tête.

— Avance ! cria-t-elle à Makena.

Elles coururent vers le Temple des Archives.

La pression psychique augmentait. Zewdi voyait des hallucinations. Elle voyait son village brûler. Elle voyait sa mère morte.

— ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Ce n'est pas réel ! hurla-t-elle.

Elles atteignirent le Temple.

Nora était là, assise sur son trône, immobile. Morte ? Non, en transe.

— Place-le sur l'Autel, dit Nora sans ouvrir les yeux.

L'Autel était une plaque de cristal noir, vibrant d'énergie résiduelle.

Makena posa Tao dessus.

L'enfant ouvrit les yeux.

Et il se mit à pleurer.

Ce ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ n'était pas un pleur de bébé. C'était un son pur. Une fréquence cristalline qui traversa les murs, la roche, et monta vers le ciel.

Le Cri de la Vie.



VI. La Dissonance (Tundé & Amara)

En orbite, Tundé hurla.

Le son que Tao émettait n'était pas audible dans le vide, mais il se ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ propageait à travers le lien psychique de la Ruche.

C'était comme si quelqu'un avait jeté du sable dans un mécanisme d'horlogerie parfait.

La conscience d'Amara, d'habitude fluide et omniprésente, se fractura.

— TAIS-TOI ! rugit la voix dans la tête de Tundé. FAITES-LE TAIRE !

Tundé tomba de sa toile de mycélium. Il s'écrasa ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ sur le sol métallique. Il saignait des oreilles et du nez.

Les écrans autour de lui clignotaient.

— Ma Reine... je ne peux pas... le signal est trop fort...

La "Dissonance" de Tao n'était pas une attaque. C'était un rappel. Il émettait la fréquence de l'individualité.

Chaque hybride connecté à la Ruche ressentit soudain ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ une douleur atroce : le retour de son "Moi".

Sur le Nyame Dua, des milliers de membres d'équipage "zombifiés" s'arrêtèrent. Ils regardèrent leurs mains. Ils se souvinrent de leurs noms.

— Non... non ! cria Tundé. Ne les laisse pas se réveiller !

Si la Ruche se brisait, le pouvoir de Tundé disparaissait. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Il redevenait juste un homme seul dans une épave.

Amara apparut devant lui. Son avatar était instable, glitchant entre sa forme de femme et sa forme d'arbre.

— Tu as échoué, Tundé.

— Non ! J'ai lancé la Foreuse ! Ils sont piégés !

— La Foreuse est aveugle ! Mes drones sont sourds ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ ! Et mon frère chante ma mort !

Elle le gifla. Le coup psychique projeta Tundé à travers la pièce. Il percuta une console.

Il sentit ses côtes se briser.

— Tu m'avais promis l'éternité ! pleura-t-il.

— Je t'avais promis de servir. Un outil cassé ne sert à rien.

Amara se détourna de lui. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Elle devait concentrer toute sa volonté pour maintenir la cohésion de la Ruche face au chant de Tao. Elle devait sacrifier les périphériques pour sauver le noyau.

Et Tundé était un périphérique.

Les filaments qui sortaient du dos de Tundé commencèrent à noircir. Ils ne lui donnaient plus d'énergie. Ils lui en ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ prenaient.

Il sentit sa vie être aspirée.

— Amara... pitié...

— Adieu, petit roi.

Elle disparut.

Tundé resta seul sur le sol froid. Il ne pouvait plus bouger. Il sentait le froid de l'espace s'insinuer dans ses os.

Il regarda l'écran principal. Il vit Mars.

Il allait mourir. Ici. Seul. Trahi par la chose qu'il avait adorée.

Une ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ rage froide l'envahit. Plus forte que la peur.

— Si je dois mourir... je ne partirai pas seul.

Il rampa vers la console de tir. Il ne pouvait plus contrôler les drones ou la biologie. Mais il avait encore les codes d'accès manuels aux systèmes physiques du vaisseau.

Il y avait une dernière ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ arme. Pas biologique. Nucléaire.

Les réacteurs de propulsion du Nyame Dua.

S'il les surchargeait... s'il transformait le vaisseau en bombe... il pourrait raser la moitié de la planète.

Il tapa le code. Ses doigts tremblaient.

ACCÈS REFUSÉ.

Amara l'avait bloqué.

Tundé rit. Un rire sanglant.

— Tu crois que tu es la seule à savoir tricher ?

Il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ sortit une clé physique de sa poche. Une vieille clé USB cryptée qu'il gardait depuis la Terre. Un "Kill Switch" que ses ingénieurs avaient installé en secret, au cas où l'IA deviendrait folle.

Il inséra la clé.

PROTOCOLE SAMSON ACTIVÉ.

Les réacteurs commencèrent à chauffer.

Pas pour exploser. Pour tomber.

Tundé verrouilla la trajectoire de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ chute du Nyame Dua. Pas sur N'Djamena. Sur la Serre Oméga elle-même. Sur le corps principal d'Amara.

Il allait crasher le vaisseau sur la planète. Il allait tuer la Reine en tuant le trône.

— On descend ensemble, chérie, murmura-t-il.

Inerte, paralysé, il regarda l'orbite commencer à se dégrader.

La Chute du Roi commençait.



​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ VI-B. Le Duel des Rois (Sètondji vs Tundé)

Sètondji, dans le noir total du QG tactique, entendit sa radio crépiter.

Ce n'était pas une fréquence alliée. C'était le canal d'urgence global. Le canal "Roi" que Tundé avait réservé pour ses proclamations.

— Sètondji...

La voix était faible. Cassée. Méconnaissable.

— Tundé ? répondit Sètondji, manquant ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ de lâcher le combiné. On te croyait mort ou assimilé.

— Tu es vivant, vieux frère ?

— Je suis vivant. Et je vais te tuer, Tundé. Je te le promets.

Un rire sec, douloureux, traversa les parasites statiques de l'atmosphère ionisée.

— Pas la peine. C'est déjà fait. Elle m'a... débranché.

Sètondji fit signe ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ à Nyla de tracer le signal. Nyla secoua la tête dans l'obscurité. Le signal venait de partout et de nulle part, rebondissant sur la ionosphère perturbée.

— Pourquoi tu m'appelles ? demanda Sètondji. Pour demander grâce ? Pour négocier une reddition ?

— Non. Pour te prévenir. Je vais faire tomber le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ ciel.

Sètondji sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine.

— De quoi tu parles ?

— J'ai activé les propulseurs nucléaires. Je crashe le Nyame Dua. Sur elle. Sur la Serre Oméga. Je vise le cœur de la bête.

— Tu es fou ! Tu vas raser la moitié de la planète ! L'hiver ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ nucléaire va nous tuer tous !

— C'est le seul moyen, Sètondji. Tu le sais. Le feu purifie. J'ai été un mauvais roi. Laisse-moi être un bon bourreau.

— Il y a d'autres moyens ! On a trouvé des alliés ! On peut...

— Il est trop tard pour moi. Mes veines sont ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ noires. Mon sang est de la sève poison. Mais toi... toi tu peux encore être un homme.

Un silence. Lourd. Définitif.

— Sètondji... dis à Makena... dis-lui que je n'ai pas souffert. Dis-lui que j'ai vu la lumière à la fin. Dis-lui que j'ai eu peur.

— Tundé ! Attends ! Ne fais ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ pas ça !

— Adieu, Commandant. Fin de transmission.

La radio se tut. Juste le souffle blanc du vide.

Sètondji resta immobile dans le noir. Il venait d'entendre un homme se condamner à mort et condamner la planète pour sauver ceux qu'il avait essayé de tuer.

La rédemption était une chose étrange. Elle avait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ le goût de la cendre et du sang.

— Il va crasher le vaisseau, dit Sètondji à Nyla, sa voix blanche.

— On doit prévenir Jaxx, dit Nyla. On doit s'enterrer plus profond. Si ça tape... l'onde de choc va faire s'effondrer les niveaux supérieurs.

Sètondji reprit sa radio de commandement.

— À toutes ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ les unités ! Code Noir ! Impact imminent ! Tout le monde au niveau -10 ! Je répète, tout le monde au fond !

La course contre la montre recommençait.


VII. L'Assaut Final (Sètondji)

Dans la grotte, le chaos s'était calmé, mais la menace pulsait encore.

Le Blackout avait fonctionné sur les Faucheurs, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ désactivant leurs capteurs principaux. Les créatures tournaient en rond, frappant les murs, s'attaquant entre elles.

Mais le Cylindre, lui, ne dormait pas.

De sa coque éventrée, la lueur verte continuait de pulser. Et pire encore : il se défendait.

Autour de l'épave, une barrière de chair s'était formée. Des hybrides. Pas des Faucheurs ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ mécaniques, mais des corps biologiques.

C'étaient les premiers "convertis". Des Gris qui avaient été capturés au début de l'assaut, traînés à l'intérieur, et recrachés comme des soldats de l'hiver.

Ils avaient des yeux injectés de sève noire. Leurs bras avaient été transformés en lames d'os.

— Ils protègent le cœur, dit Jaxx, crachant ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ un caillot de sang. Ils savent qu'on arrive.

Sètondji, éclairé par une torche vacillante, arma son fusil. Il ne lui restait que trois balles.

— On doit passer, Jaxx. Si on ne détruit pas ce truc maintenant, dès que la lumière revient, ils relancent la production.

— Il y en a une centaine, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Chef. Et on est... sept.

Jaxx désigna les survivants autour d'eux. Paul, deux miliciens blessés, et trois guerriers Gris de la garde de Kane.

Kane lui-même était parti, combattant dans les tunnels inférieurs pour gagner du temps.

— On n'a pas besoin de tous les tuer, dit Sètondji. On a juste besoin d'une ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ ouverture.

Il regarda les Faucheurs morts qui jonchaient le sol.

— Les piles à combustible, dit-il soudain.

— Quoi ?

— Les Faucheurs marchent au plutonium enrichi. Leurs batteries. Ce sont des bombes sales en puissance.

Jaxx comprit. Un sourire carnassier fendit son visage couvert de suie.

— Tu veux faire un collier de perles explosives ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ autour du Cylindre.

— Exactement. On prend autant de batteries qu'on peut. On fonce dans le tas. On les jette dans la brèche de la coque. Et on tire.

— C'est une mission suicide.

— Non. C'est une mission commando. La nuance, c'est qu'on a prévu de rentrer pour le dîner.

Ils se mirent ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ au travail. C'était macabre. Il fallait ouvrir les abdomens des Faucheurs morts, arracher les cœurs énergétiques bleutés, chauds et bourdonnants.

Chaque homme en prit deux. C'était lourd. Radioactif.

— À mon signal, on charge, dit Sètondji.

Il se tourna vers les guerriers Gris. Il ne parlait pas leur langue, mais il fit le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ signe universel de "couvrir". Ils hochèrent la tête. Ils allaient mourir pour ouvrir la voie.

— GO !

Ils s'élancèrent.

La charge fut brutale.

Les hybrides Gris les virent arriver. Ils poussèrent des hurlements stridents et chargèrent à leur tour.

Le choc des lignes fut violent. Les guerriers Gris de Kane percutèrent leurs frères corrompus. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Le bruit des os qui cassent et de l'obsidienne qui tranche remplit la grotte.

Sètondji ne regarda pas. Il courait.

Un hybride surgit devant lui, levant une griffe.

BANG.

Jaxx l'abattit d'une balle en pleine tête.

— Avance ! hurla Jaxx. Avance !

Sètondji atteignit le périmètre du Cylindre. La chaleur était insupportable. L'air sentait l'ozone ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ et la viande brûlée.

Il vit la brèche. Une déchirure dans le métal, d'où suintait la lumière verte maladive.

— Mange ça ! cria-t-il.

Il jeta ses deux batteries à l'intérieur.

Paul arriva derrière lui, en jeta deux autres.

Un milicien tomba, transpercé par une lanced'os, mais il rampa pour jeter sa charge avant de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ mourir.

— C'est bon ! On se tire ! cria Jaxx.

Ils firent demi-tour.

Mais la voie était bloquée. Les hybrides avaient refermé le cercle.

— Ah merde, fit Jaxx.

Ils étaient encerclés. Dos au mur. Dos à la bombe qu'ils venaient d'armer.

Sètondji regarda son fusil. Une balle.

Il regarda Jaxx.

— Ce fut un honneur, Sergent.

— ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Tout le plaisir était pour moi, Commandant.

Ils levèrent leurs armes pour un dernier baroud d'honneur.

Soudain, le sol trembla.

Une onde de choc noire balaya les hybrides. Ils furent projetés en l'air comme des poupées de chiffon.

Kane.

Le géant Gris avait surgi d'un tunnel latéral, une foreuse minière portative dans les mains. Il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ avait percé le sol sous les pieds des ennemis.

— COUREZ ! (Le traducteur de Kane hurla le mot).

Sètondji et Jaxx ne se firent pas prier. Ils sautèrent dans le trou créé par Kane.

Ils glissèrent dans un tunnel de déjection juste au moment où Sètondji tirait sa dernière balle vers le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Cylindre.

La balle frappa la pile de batteries.

KA-BOUM.

L'explosion ne fut pas sonore. Elle fut une pression.

Le tunnel s'effondra derrière eux. La chaleur leur lécha les talons.

Au-dessus, le Cylindre de terraformation fut vaporisé. Une bulle de plasma bleu et vert consuma l'infection, cautérisant la plaie de N'Djamena.

L'usine à monstres n'était plus.

Sètondji atterrit ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ durement sur un tas de gravats, dix mètres plus bas. Il toussa, crachant de la poussière noire.

Jaxx était à côté de lui, vivant. Kane aussi, son armure fumante.

— On a gagné ? demanda Jaxx, la voix rauque.

Sètondji regarda vers le haut. Le plafond du tunnel s'était scellé par l'éboulement.

— On ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ a gagné du temps, dit-il.

Soudain, une nouvelle vibration secoua la montagne.

Plus forte que l'explosion. Plus profonde.

— Qu'est-ce que c'était ?

Nora apparut à l'intersection du tunnel. Elle semblait terrifiée, ce qui, pour une femme de 138 ans qui avait tout vu, était le pire des présages.

— Le Ciel, dit-elle. Le Vaisseau-Mère... ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ il tombe.


VII-A. Le Siège de l'Esprit (Tao & Makena)

Pendant que Sètondji détruisait la Foreuse physique, une autre bataille se jouait dans l'éther.

Tao ne savait pas qu'il se battait. Il avait trois mois.

Mais il sentait la colère. La colère était une texture rugueuse, rouge et noire, qui essayait de l'étouffer.

Il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ était couché sur l'autel de cristal noir. Makena lui tenait la main.

— Chante, mon cœur, murmurait-elle. Chante pour les étoiles.

Tao ne chantait pas avec sa gorge. Il chantait avec son ADN.

Il émettait une résonance bio-acoustique qui correspondait à la fréquence de la vie saine.

Contre lui, la fréquence d'Amara hurlait. C'était ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ le cri du cancer. Croître. Dévorer. Répéter.

Dans le subespace, Amara essayait de percer le bouclier de Tao. Elle envoyait des images de mort. Elle lui montrait ce qu'elle ferait de lui : un Prince-Arbre, enraciné pour l'éternité, fécondant des millions de fleurs.

Tao n'aimait pas cette image. Elle était froide.

Alors il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ fit ce que font les bébés quand ils n'aiment pas quelque chose. Il repoussa.

Mais pas avec des mains. Avec de la lumière.

Une onde de choc dorée partit de N'Djamena. Elle traversa la roche, l'atmosphère, le vide.

Elle frappa le Nyame Dua au moment précis où Tundé activait le protocole Samson.

C'est cette ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ onde qui brisa la concentration d'Amara. C'est cette onde qui permit à Tundé de retrouver son libre arbitre pendant quelques secondes.

Tao avait libéré le Roi, juste assez longtemps pour qu'il puisse tuer son trône.

Dans la grotte, Makena sentit le changement. La pression psychique disparut d'un coup.

Elle s'effondra, épuisée.

Tao cessa de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ pleurer. Il bâilla. Il avait faim.

Pour lui, la guerre des dieux était finie. C'était l'heure du lait.


VIII. Le Crépuscule des Dieux (Collectif)

Ils sortirent à la surface. Il fallait voir.

Jaxx, Sètondji, Kane, Nyla. Ils grimpèrent par les cheminées d'aération jusqu'au sommet de la montagne décapitée.

Le spectacle était apocalyptique.

Le ciel martien ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ était en feu. Les nuages de poussière soulevés par l'explosion du sommet se mélangeaient aux trainées de condensation du léviathan qui tombait.

Le Nyame Dua, l'immense vaisseau colonial de 2 kilomètres de long, entrait dans l'atmosphère.

Il brûlait. Son bouclier thermique, conçu pour une entrée contrôlée, n'était plus qu'une passoire. Des morceaux ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ de coque se détachaient, créant une pluie de météores artificiels.

Il ne tombait pas sur eux. Il tombait loin, à l'Est. Vers l'équateur, dans la région de Valles Marineris.

— Il va s'écraser, souffla Nyla. C'est... c'est la fin du monde.

— Non, dit Sètondji. C'est le début d'un autre.

— Tundé... murmura-t-il ensuite. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Qu'est-ce que tu as fait ?

Ils regardèrent la chute. C'était lent et majestueux. Une comète de métal et de rêves brisés. On pouvait voir les moteurs nucléaires pulser une dernière fois, comme un cœur qui lâche, avant de s'éteindre.

L'impact fut visible à l'horizon. Un flash blanc, aveuglant, suivi d'un champignon ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ de poussière et de feu qui monta jusqu'à la stratosphère. La terre trembla sous leurs pieds, un séisme de magnitude 7.

L'onde de choc mit dix minutes à les atteindre. Un souffle chaud qui fit claquer leurs combinaisons et souleva un mur de sable.

— C'est fini, dit Jaxx en essuyant la ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ visière de son casque. Amara est morte ?

Kane secoua la tête. Son visage gris était impassible.

— Morte ? Non. La Mère Verte est dure. Elle est blessée. Furieuse. Mais maintenant... elle est sur Terre. Comme nous.

Le vaisseau ne s'était pas désintégré. Il s'était écrasé. Une grande partie de la structure, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ protégée par la biomasse d'Amara qui avait agi comme un airbag géant, avait survécu.

Amara n'était plus une déesse orbitale, intouchable et lointaine. Elle était une reine terrestre. Elle avait perdu son perchoir céleste, mais elle avait gagné un continent. Elle allait s'enraciner dans le grand canyon de Mars.

Sètondji regarda le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ panache de fumée à l'Est.

La guerre avait changé de nature. Ce n'était plus une insurrection spatiale. C'était une guerre de tranchées qui commençait. Une guerre territoriale.

— On rentre, dit Sètondji.

Il se tourna vers ses compagnons. Ils étaient sales, blessés, épuisés. Mais ils étaient vivants. Et ils n'étaient plus seuls.

— On ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ a survécu à la Chute, dit-il. Maintenant, on doit survivre à l'Hiver.

Ils redescendirent dans les ténèbres de N'Djamena, laissant derrière eux le ciel en feu.

Mais quelque chose avait changé.

Dans les bras de Makena, Tao dormait. Mais ses mains brillaient encore d'une lueur résiduelle.

Et dehors, sur la roche stérile où le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ souffle de l'impact était passé... une petite fleur bleue venait d'éclore. Une fleur impossible.

Non pas une fleur d'Amara. Une fleur terrestre. Une fleur de Tao.

La Vie avait trouvé un autre chemin.


ÉPILOGUE : L'Héritage (Volkov... ou son Fantôme)

Lieu : Inconnu (Le Réseau de Cristal)

Il y avait du noir. Et puis ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ il y avait des données.

La conscience de Yuri Volkov n'était pas tout à fait éteinte.

Quand il s'était fait sauter, son implant neural, un prototype militaire qu'il avait lui-même modifié, avait transmis un dernier "Burst". Un paquet de données compressées contenant sa personnalité, ses souvenirs, et ses regrets.

Pas vers le Shangô. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Pas vers la Terre.

Vers le signal le plus proche capable de le recevoir. Le Monolithe. Les Archives de N'Djamena.

Il était maintenant un fantôme dans la machine des Gris. Une conscience errante dans les cristaux de mémoire.

Il "vit" la chute du Nyame Dua à travers les capteurs sismiques de la planète. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ Il ressentit la douleur d'Amara comme une brûlure sur un membre fantôme. Il ressentit la mort de Tundé comme une coupure de courant.

— Imbéciles, pensa-t-il (sans mots, car il n'avait plus de bouche). Vous avez tout cassé.

Il navigua dans les mémoires de cristal de la bibliothèque alien. C'était vertigineux. Il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ vit l'histoire des Jardiniers. Il vit les plans de terraformation originaux. Il vit les erreurs qu'ils avaient commises, les mêmes qu'il avait répétées.

Et il vit quelque chose d'autre.

Un signal.

Venu de l'espace profond. Pas de la Terre. De Jupiter.

Là où le Nyame Dua devait aller à l'origine.

Quelqu'un attendait là-bas. Les Jardiniers ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ ? Ou leurs ennemis ? Ou quelque chose d'encore plus vieux ?

Volkov "sourit" (une impulsion électrique positive).

La partie n'était pas finie sur Mars. Mais le vrai jeu... le vrai jeu se jouait dans les étoiles.

Il devait prévenir Sètondji. Il devait trouver un moyen de parler. Il n'était pour l'instant qu'un ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ écho dans la pierre, mais il avait du temps. Et il avait accès à la plus grande base de données de l'univers.

Il commença à coder. Il allait se construire un corps. Ou au moins, une voix.

Le vieux Russe n'avait pas dit son dernier mot.


FIN DU TOME 2

Bilan Global du Tome ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ 2 : "L'Exode"

  • Intrigue : La mutinerie a réussi, mais le prix a été terrible. Le vaisseau est détruit. Les factions sont au sol, séparées.
  • Personnages : Volkov est (physiquement) mort. Tundé est mort. Sètondji est un leader brisé. Jaxx est un guerrier endurci. Makena est ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​​‌‌​​‌​‍​‌‌​‌‌​‌‍​‌‌‌​​‌‌ la Mère du Messie.
  • Lore : Découverte des "Gris" (Martiens) et de l'origine d'Amara.
  • Cliffhanger : Amara est sur Mars, blessée mais vivante. Volkov est une IA fantôme. Un signal vient de Jupiter.